beaux livres : photo, architecture, art

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Arthur Rimbaud

« Entre 2016 et 2020, j’ai écumé les établissements scolaires et militaires des Ardennes pour portraiturer des adolescents de tous horizons : collèges plus ou moins aisés des centres-villes, lycées techniques ou agricoles en périphérie, casernes, structures de réinsertion professionnelle, peu importe, parce que faire l’inventaire des gamins de la région était, me semblait-il, la meilleure façon de matérialiser une ombre, je n’avais pas encore compris que l’ombre était l’inverse de l’image et que revenir avec quelques regards, une moue parfois, une moue d’ardennais, ça ne suffisait pas.

Les trajets du héros de Charleville sont alors devenus une obsession, plus exactement une bataille, oui quelque chose comme ça : opposer des images aux ombres, l’absurdité sur laquelle se défouler, tabasser l’horizon et lui casser les dents, questionner sa ligne de crête, s’en servir pour étrangler, se bâillonner soi-même, faire taire les autres, jusqu’au vertige, il a fallu partir pour cela, (il faut toujours partir) je suis parti. »

Yann Datessen a ainsi parcouru le monde sur les traces d’Arthur Rimbaud, retrouvant les lieux que le poète a parcouru, ceux où il vécut jusqu’à son tragique retour à Marseille. La Belgique, le col de Saint-Gothard, Londres, l’Italie, l’Éthiopie, deviennent le théâtre où l’artiste tisse paysages, portraits, situations pour retrouver plus que le fantôme du génial poète, sa vision.

Echoes of Nature

Manuela Marques a développé ces dernières années des travaux photographiques et vidéographiques autour de manifestations de phénomènes naturels. Elle a séjourné, à différentes reprises, sur plusieurs îles de l’archipel des Açores afin de travailler autour du tellurisme et du volcanisme particulièrement présents dans cette région du monde.

Elle élabore ses oeuvres photographiques et vidéos à partir d’observations et d’expérimentations visuelles, comme pour son polyptyque Topographie, qu’elle a réalisé sur le site de l’éruption volcanique de l’île de Faial (Capelinhos). Son travail est aussi construit à partir d’archives scientifiques (la série des Records par exemple ou l’installation video RAS).

Elle a poursuivi cette recherche en France, notamment lors d’une résidence au Domaine de Kerguéhennec, s’attachant à travailler à partir de prélèvements de terre (Extraction, sorte de carottages géologiques), ou de captations lumineuses (Ephémères).

Des liens se tissent entre les images, comme parcourues par ces ondes sismiques dont les vibrations souterraines se propageraient pour arriver jusqu’à une surface des choses, jusqu’à nous. Des échos de la nature…

Homen morto passou aqui

Valter Vinagre réunit dans Homen morto passou aqui (L’homme mort est passé ici) un ensemble d’une cinquantaine de paysages photographiques réalisés dans tout le Portugal et liés aux épisodes de la guerre péninsulaire (1807-1814), qui opposa les troupes luso-britanniques à l’armée française de Napoléon lors de ses trois tentatives d’invasion du territoire portugais.

Le photographe s’est transformé en historien, retrouvant dans les archives les lieux et les dates précises de l’avancée des armées napoléoniennes, informations qui lui ont servi de protocole pour poser son appareil là où était le lieu exact, à l’heure présupposée.

Au lieu de se focaliser sur les symboles et les monuments historiques
des invasions napoléoniennes, il s’attache à retracer une cartographie détaillée du territoire géographique et humain à partir des lieux qui
furent les théâtres des batailles. Y prédominent avant tout des paysages quelconques, dépourvus de monuments, sculptures, mémoriaux, pierres tombales ou inscriptions officielles. Dans la plupart des cas, on n’y aperçoit pas le moindre vestige des événements tragiques qui s’y sont déroulés. Ce sont des lieux oubliés où l’on ne “voit” rien, et surtout pas la mémoire du passé.

Le livre s’ouvre sur une couverture mystérieuse, géographie des points visités tout autant qu’impacts meurtriers, pour inviter le lecteur à la découverte d’un Portugal secret qui suit la chronologie d’un autre temps.

Le temps est caché dans les plis d’une fleur

Le temps est caché dans les plis d’une fleur est le nouvel opus de l’artiste Anne-Lise Broyer. Poursuivant son expérience de la littérature par le regard, Anne-Lise Broyer, invitée à séjourner à Deauville et en Normandie dans le cadre d’une résidence-création, trace ici une ligne qui relie des livres, des auteurs entre eux (Duras, Flaubert, Proust, Sagan…) des moments de vie qui n’ont pas grand-chose en commun si ce n’est un territoire et le fait qu’ils constituent pour elle une réactivation de ses premiers émois littéraires. Dans un subtil maillage, Anne-Lise Broyer fait notamment revivre l’enfant qu’elle était, à distance du monde, mais aussi celui de L’été 80, perdu dans sa vision. Les Roches-Noires, le Grand-Hôtel de Cabourg côtoient les paysages de Madame Bovary.
Les textes de Colette Fellous et Jean-Luc Germain fabriquent un écho aux images.

Cité Gagarine 1961-2020

Marie-Pierre Dieterlé a commencé à arpenter la cité Gagarine en 2009. Construite en 1961 à Ivry-sur-Seine, elle est devenue un emblème des banlieues rouges et une vitrine pour le Parti communiste français dont Ivry fut le fief historique. C’était les débuts du logement social chargés d’espoir et d’utopie. Des familles entières ont pu quitter les bidonvilles pour bénéficier d’un minimum locatif : un appartement avec eau chaude, toilettes et chauffage intégrés. En juin 1963, la visite du cosmonaute russe Youri Gagarine, contribua à forger le mythe d’une cité pas comme les autres. Dans la liesse générale, et sous les bouquets de fleurs, le cosmonaute soviétique planta un arbre en souvenir de son passage…
Puis, à l’instar de nombreuses cités de la banlieue parisienne, le rêve s’est fissuré. Dans les années 1990, la cité Gagarine est classée en zone urbaine sensible (ZUS). Ce label de politique urbaine censé donné la priorité à ces territoires est devenu le stigmate d’une ségrégation sociale, économique, géographique. La démolition s’est peu à peu imposée. Il fallait reloger toutes les familles.
En 2017, il ne restait plus qu’une centaine de logements occupés sur les 380 de la cité. Pendant deux ans, elle a erré dans les longs couloirs à moitié vides, en quête de visages à immortaliser. Puis elle a suivi les étapes de la déconstruction écologique par grignotage du bâtiment jusqu’à la disparition de la dernière brique rouge.

Réseaux

Ponts, gares routes, aqueducs, viaducs, sont étudiés et photographiés depuis la création du service de l’Inventaire d’Île-de-France. Ce nouvel opus de la collection Ré-Inventaire est l’occasion d’un voyage poétique à travers 40 ans de photographie.
Sans déroger au style documentaire qui est la marque de l’écriture photographique de l’Inventaire général, les photographes de l’Inventaire se sont inspirés des travaux des grands maîtres de la photographie comme Lartigue ou Rusha, pour rendre compte de l’expérience du mouvement, de la vitesse, et du gigantisme de ces infrastructures.
Leurs travaux présentés dans ce livre, montrent la beauté brutale de ces architectures.

Côté jardin

Au sein de l’histoire, longue et complexe, de l’art des jardins, l’Île-de-France, tient une place particulière et privilégiée. Au-delà de conditions naturelles favorables, la « région capitale », parce qu’elle s’affirme au fil des siècles comme centre
de gravité du pouvoir, concentre un grand nombre de jardins historiques remarquables. Fleurons de l’identité régionale, certains d’entre eux ont atteint le rang d’icône patrimoniale.
Des potagers, vergers, jardins de simples ou parcs d’agrément du Moyen-Âge,
 des cascades, bassins, fontaines et jets d’eau de la Renaissance, jusqu’à notre époque où les cités jardins, les jardins ouvriers, familiaux, partagés et jardins sur les toits, prospèrent, leurs ramifications s’étendent jusqu’à nous et sont plus que jamais vivantes, témoignant d’un désir de nature qui va croissant.
Forte d’un patrimoine multiséculaire d’exception, l’Île-de-France s’affirme ainsi, d’hier à aujourd’hui, comme une terre de jardins à l’avenir plein de promesse.

Le Grand renoncement

Lieu emblématique de l’histoire de la psychiatrie en France, l’hôpital Maison- Blanche à Neuilly-sur-Marne fut construit en 1900 afin de « désencombrer », selon les termes de l’époque, les autres asiles du département de la Seine.
 Il fut entièrement dédié aux femmes jusqu’en 1970.
L’hôpital désaffecté, des bâtiments en ruine, délaissés, au milieu d’une nature soudain envahissante. Aux murs qui s’effritent répondent les mots d’un univers lointain où des histoires de vies sont passées.
 Des lettres abandonnées et sauvées de justesse lors des immersions des auteurs dans le lieu, sont devenues le prétexte d’un cheminement
au cœur de cette institution symbolique et chargée de fantasmes qu’est l’asile psychiatrique.
Au fil de leur cheminement, entre les lignes de registres, dans la patine des murs, dans les allées du parc, les couloirs ébranlés, les vestiaires désertés et les détails effacés, les auteurs cherchent à interroger la base ancienne et actuelle de leur fondement. Surtout, entre les mailles du passé et du présent, ils en convoquent, à leur manière, la part d’héritage et de renoncement.

Vos devenirs

Quels chemins prennent les étudiants d’une école d’art après leurs 
études ? Au-delà du suivi administratif et des statistiques qui donneront des chiffres, des pourcentages, du factuel, du désincarné, Brigitte Bauer
a décidé de mener une enquête différente. 
Jetant un pont entre pratique artistique personnelle et activité d’enseignante, elle a réalisé entre 2016 et 2019 des portraits photographiques d’une centaine de ses anciens étudiants. En allant les voir là où ils vivent, l’idée était de dresser le portrait intime – et un portrait de génération – , 
de ces jeunes anciens étudiants. Ces portraits sont accompagnés d’un travail d’écriture singulier : à partir d’éléments de textes, de notes confiés par chacun, la photographe
a entrepris la rédaction d’un texte polyphonique à la première personne. Déconstruits et réorganisés en un seul texte continu, les éléments fournis par chacun sont devenus anonymes et témoignent non seulement des parcours professionnels mais évoquent aussi des éléments personnels voire intimes.

ANTTI LOVAG

Antti Lovag (1920-2014) est un architecte hongrois qui s’est spécialisé dans les maisons « bulles » et une architecture dite « organique ».
 Il a très peu construit d’édifices (moins de dix). La Maison Bernard, sur la Côte d’Azur, est un des plus beaux exemples de ses réalisations et relate une passionnante relation entre le commanditaire, Pierre Bernard, et l’architecte. Le livre retrace cette relation et donne une part belle aux photographies d’Yves Gellie.
C’est avec la construction de la maison Bernard qu’Antti Lovag définit réellement ses idées de ce que doit être une maison en même temps qu’il les met en pratique. Conception philosophique, mode constructif (abandon des plans pour la maquette), thèmes spatiaux et matériels…
Aujourd’hui, la maison a été rénovée avec l’intervention de l’architecte Odile Decq en collaboration avec Isabelle Bernard (la fille de Pierre Bernard), dans le respect des choix de l’architecte : le cahier des charges et le choix de rénover par la couleur, de salarier des artisans comme l’avaient fait Antti Lovag et Pierre Bernard… Il y a été créé un fonds de dotation, des résidences d’artistes.