beaux livres : photo, architecture, art

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Ce Monde-là.

_ Un photojournaliste, c’est d’abord un reporter qui écrit en images. La définition est simple et convoque immédiatement dans la mémoire collective une série de noms et d’images entrés dans la postérité comme Robert Capa et la guerre d’Espagne ou Don McCullin et la guerre du Vietnam.

Si les conflits, militaires ou sociaux, occupent toujours une place particulière dans le monde du photoreportage, comme en témoigne la couverture de l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe, le regard des photojournalistes s’est ouvert ces dernières décennies à d’autres réalités, développant des visions et des écritures plus singulières.

Cet ouvrage réunit 134 photographes faisant oeuvre commune. Voyage unique à travers 30 ans de photojournalisme, ce livre propose une sélection des images qu’ils ont faites et qui ont marqué leur parcours. Au fil des pages, ces clichés dressent un portrait collectif et singulier, parfois subjectif mais toujours aiguisé, des trois dernières décennies de notre histoire commune.

Ce parcours à travers le monde est émaillé des témoignages des photographes. Tous proposent une vision de leur métier et de ses évolutions au regard des mutations profondes – économiques, techniques, sociales voire même anthropologiques – qui ont marqué les trois décennies qui viennent de s’écouler.

Calanques Frontières

Au cours de 2018 et 2019, Franck Gérard a été invité à séjourner à plusieurs reprises à la fondation Camargo, située en plein milieu du site, exceptionnel et protégé, des fameuses Calanques marseillaises. Le photographe, à son habitude, s’est immergé dans ce paysage, photographiant personnes, sites et situations qu’il pouvait rencontrer lors de ses marches quotidiennes.

Comme dans son livre En l’état, il sait toujours relever une situation cocasse, ou faire découvrir à son spectateur un point de vue d’une incroyable beauté.

Il a poursuivi ce qu’il développe maintenant souvent dans les projets qu’il entreprend : il accompagne sa photographie d’un travail d’écriture, entre journal de travail et récit littéraire. Enlevée et truculente, légère et grave comme son regard photographique, son écriture sait embarquer le lecteur dans ses rencontres, lui faire partager ses impressions et sensations.

La forme du journal s’est imposée. Un livre où nous découvrons les Calanques à travers un récit qui se tisse tout au long des pages entre photographies et textes. Un livre où l’image et le texte se confortent mutuellement.

Les perspectives dépravées (Apories)

Les perspectives dépravées, dont le titre est empruntée à l’historien de l’art Jurgis Baltrusaitis, est le nom d’une série photographique de l’artiste Sabine Meier. Ce travail photographique est accompagné d’un ensemble de constructions, mettant en scène des espaces invraisemblables, bien qu’apparaissant à l’image comme mathématiquement cohérents.

Sur chaque photographie, un détail entre en conflit avec la logique apparente de l’espace représenté et en révèle l’aberration. Lors d’expositions, les constructions sont montrées conjointement aux photographies, en tant que sculptures. Chaque construction est la concrétisation matérielle d’une hypothèse géométrique aberrante. On passe sans cesse d’un concept à son incarnation selon une méthode qui tient tour à tour de l’expérimentation empirique et du postulat mathématique.

Le livre se présente comme un carnet de travail. Il reprend, en facsimilé, certaines des pages des carnets qui accompagnent l’artiste lors de la conception de ses oeuvres. Dessins préparatoires, notes et réflexions diverses, reproductions d’images et sources d’inspiration plongent le lecteur dans le lent processus de création nécessaire à Sabine Meier pour concevoir et préparer ses œuvres photographiques. Car la réalisation d’une seule image peut prendre plusieurs mois… Les reproductions des oeuvres finalisées viennent également rythmer ce véritable livre d’artiste.

Le livre de Patrícia

À partir de 2016, la photographe portugaise Patrícia Almeida rassemble des documents sur la photographie. Elle trie les exemples qu’elle montre à ses étudiants, achète des manuels d’occasion, retrouve ses premiers négatifs. Elle projette d’écrire un livre sur son histoire personnelle de la photographie. Quelques mois plus tard, Patrícia meurt et laisse son projet inachevé.

Le jour de sa mort, l’employé des pompes funèbres demande à David-Alexandre Guéniot, le compagnon de la photographe, un portrait pour la veillée du corps. « Sa dernière photographie », pense-t-il alors…

Le projet de Patrícia était relancé, mais à l’envers. Il s’agissait de raconter une histoire en commençant par la fin. Une histoire croisée entre recherche photographique et récit intimiste d’un deuil.

Indian Time

Elena Perlino a réalisé Indian Time lors de plusieurs séjours à la frontière
du Québec et du Labrador, dans les communautés innues et naskapies, entre Natashquan, Mani-Utenam, Matimékush-LacJohn, Kawawachikamach et Sheshatshiu.

À travers l’œil de la photographe, le lecteur est invité à traverser des paysages époustouflants, et à côtoyer le quotidien des habitants de ces contrées marquées par une histoire contemporaine du Québec si sensible. Elle a partagé cet autre temps.

« Indian Time est une expression très courante dans les communautés innues. On dit : “Ralentissez, vous n’avez pas besoin de vous presser, détendez-vous…”, “Le Blanc mange à l’heure de sa montre, l’Indien mange à sa faim”, précisait dans les années 1950 une aînée de La Romaine. Savoir attendre le bon moment est essentiel… » (Lucien McKenzie)

Je n’habitais pas mon visage

Le photographe Mathieu Farcy a rencontré des patient.e.s dont le visage devait être reconstruit suite à une maladie ou un accident. Il a travaillé avec ces personnes durant 5 années. Chacun.e a vécu différemment la disparition d’un visage connu, pour s’engager dans un labyrinthe d’incertitudes. Ce projet est parti du désir de création commune.

Comment rendre compte d’un traumatisme aussi grand que la perte de son propre visage ? Comment créer une forme à partir de ressentis, d’expériences de rêves ?

Philippe, Samia, Anna, Béatrice ou Xavier, personne n’avait, a priori, d’idée de création définie, mais tou.te.s ressentaient la nécessité d’élaborer, de créer à partir de leur expérience si particulière. Sculptures, installations, écrits, photographies, toutes les oeuvres, images et textes sont des cocréations, elles ont toutes été pensées à plusieurs. Les histoires des un.e.s et des autres s’entremêlent, s’entrechoquent. Des écrits manuscrits issus du carnet de travail de Mathieu Farcy, extraits d’échanges ou de réflexions, ponctuent l’ouvrage. Les pages se plient et se déplient, laissant apparaître et/ou disparaître les meurtrissures de chacun…

Tisser sa toile

Dans Tisser sa toile, Tina Merandon aborde la relation mère-fille d’un point de vue très original. Profitant d’une résidence artistique en Bretagne, elle a utilisé l’idée de la trame tissée (draps et nappes, objets textiles ayant
souvent été associés aux rituels domestiques qui reliaient les femmes entre elles) pour faire poser, derrière un voile, mères et filles ensemble.

Les ombres projetées ne sont pas sans évoquer la caverne de Platon. Il y a ainsi une dimension archaïque dans cette relation mère-fille, appuyée par ce théâtre d’ombres qui évoque également les peintures rupestres
aux limites de la représentation.

C’est pourquoi, à cette idée d’une image archaïque, l’artiste a voulu y associer des images de statuaires féminines relevées dans les calvaires du Finistère datant des XVIe et XVIIe siècles, époque opulente grâce au commerce de la toile de lin. Traitées dans le livre par une impression dorée sur un papier noir, ouvrant et fermant l’ouvrage, elles ne sont pas sans évoquer également les origines d’une représentation occidentale que sont les icônes byzantines.

Les Impatientes

Pour réaliser ce nouveau travail, Lionel Jusseret s’est immergé durant 6 mois dans le quotidien d’une maison de retraite. Il y rencontre une communauté invisible qui malgré elle, se retrouve en marge de la société. Ces hommes et ces femmes nés entre 1920 et 1945, appelés la génération silencieuse. Ayant traversé la Seconde Guerre mondiale, ils ont connu le manque et ont travaillé dur toute leur vie. Peu revendicatifs, ils sont décrits comme fatalistes et conventionnels. Cette vision généraliste et quelque peu réductrice ne rend que peu hommage à ces Mamy et Papy, dont l’univers en papier peint fleuri fait écho à lui seul à toute notre enfance, à nos mémoires affective et collective…

Lionel Jusseret comme à son habitude s’immerge dans un milieu social extrême et revient avec des images d’une grande humanité évitant tout pathos.

Le livre présente les images en pleine page, jouant entre des portraits, des situations et des éléments décoratifs trouvés sur les lieux.

In Between

Cet ouvrage se propose de questionner les différentes formes d’hybridation entre des pratiques artistiques, de design et d’architecture. Il adopte une perspective transdisciplinaire afin de réfléchir sur les espaces-temps de la création et leur répercutions dans la pédagogie, la recherche et la transmission. _ Quelles démarches pourraient permettre d’associer ces différents domaines de la pratique et de la théorie dans des initiatives pédagogiques audacieuses, en dépassant les limites disciplinaires et leurs contingences ?

Comme l’anthropologue Tim Ingold l’a montré le substantif in- between (que l’on pourrait traduire en français par « entre-deux ») indique un processus, un mouvement ou un devenir où les choses ne sont jamais figées dans une identité préconçue. Les auteurs (chercheurs, artistes, designers, architectes) ont choisi de se situer dans l’espace de l’in-between, un espace interstitiel et événementiel, qui exige en permanence d’être nouvellement cartographié. Il s’agit de dépasser l’analyse de situations connues de collaboration entre les arts, l’architecture et le design pour mieux comprendre les rouages des liaisons multiples entre ces champs : ce qui les rend possibles, ce qu’elles rendent possible. À travers des pratiques d’« indiscipline » et de « pédagogie relationnelle » s’ouvrent de nouveaux territoires pour la recherche-création.

Macadam Color Street Photography

Jean-Christophe Béchet poursuit depuis plusieurs décennies une œuvre photographique caractérisée par une photographie réalisée dans la rue, en passant, ou ce que l’on nomme Street photo dont la tradition photographique américaine a pérennisé le nom en genre.

Il revisite dans ce nouvel ouvrage des photographies prises tout au long de sa carrière qui interrogent particulièrement les différentes situations de ce type de photographie. Il souhaite à travers une centaine de photographies choisies et trois entretiens avec des spécialistes de l’image questionner ce qu’est cette photographie, ce qu’elle peut mettre en jeu, tentant d’en définir certains contours.