beaux livres : photo, architecture, art

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Ecce Dico

Ecce Dico s’adresse à celles et ceux que les métiers créatifs intéressent et fascinent. Savoir-être, relations, état d’esprit, perspectives, il lève le voile sur le quotidien en agence et sur la vie des nombreux professionnels, toutes générations confondues, qui y travaillent. Douze ans après Ecce Logo (Loco, 2011), Gilles Deléris et Denis Gancel poursuivent leurs réflexions sur le monde des marques, du design, et de la communication. Co-fondateurs
de l’agence W réputée pour sa créativité, les auteurs proposent, définitions après définitions, un regard décalé et sans langue de bois sur la vie en agence. Les joies, les doutes, l’esprit de compagnonnage, le management, la place des femmes, le poison du harcèlement…
Gilles Deléris et Denis Gancel partagent leur expérience et leur amour pour le « plus beau métier du monde après la médecine et l’architecture ». Alors qu’Ecce Logo invitait à visiter une galerie d’art contemporain, les auteurs nous conduisent cette fois à parcourir une sorte de dictionnaire fantasque, une folie en forme d’abécédaire inspirée de l’édition 1923 du Petit Larousse illustré. Cent ans plus tard, ils conçoivent un objet original, qui fait interpréter l’incroyable imaginaire des gravures de l’époque par la puissance de l’intelligence artificielle. Le résultat est tantôt déroutant, tantôt surprenant, parfois kitch, parfois baroque mais donne à voir une esthétique en construction. Avant de se lancer dans la lecture des textes, chacune et chacun pourra tenter de retrouver les évocations qui se cachent derrière chaque lettrine. Enfin, qui dit dictionnaire dit « pages roses… ». Dans cette édition 2023, le jargon professionnel du métier remplace avec ironie les locutions latines.

Une poignée d’étoiles

« Ce livre est une plongée dans l’aspect le plus intime de ma production photographique. Depuis 2006, je tiens un journal visuel, attentif aux signes et à la recherche de fragments de ce qui constitue mon univers. Je poursuis les traces fragiles et éphémères des choses qui disparaissent rapidement, partout, tout le temps, ces choses, facilement trouvées, si difficilement retenues. Je vois ce journal comme un film sans scénario où l’oeuvre prend forme sur ma table puis dans le livre. Chaque chapitre est un trajet, une tranche de vie accélérée, une captation de l’inlassable mouvement du monde. Une poignée d’étoiles fait notamment référence à mes prises de vues nocturnes durant le confinement, dans une volonté symbolique de transformer le chaos en cosmos. En plus des photographies, je joins de brefs textes, des extraits de mon journal. J’y vois là de nouvelles images, comme des planches contacts littéraires. » (Bertrand Carrière)

Scenery

Cette monographie réinterroge le travail photographique que Claire Chevrier mène depuis une vingtaine d’années autour d’une question récurrente : comment représentons-nous un espace ? Ou, plus précisément : comment représentons-nous un espace dans un cadre photographique ?
Il s’agit, chez cette artiste, de toujours se demander comment organiser le réel. On retrouve cela à travers ses différentes recherches, dans son projet autour des espaces scéniques comme avec celui de la ville envisagée comme décor. Lorsqu’elle observe des espaces dédiés au travail, ce qui l’intéresse alors est la façon dont le corps évolue dans un espace particulier. Les corps sont pris dans un espace qui les dépasse. Tous les espaces de représentation photographiés par Claire Chevrier entretiennent une parenté avec l’espace scénique. C’est ce qu’indique le titre du livre : Scenery (à la fois « scène » et « paysage » en anglais).

Le Moindre souffle

Sandra Rocha s’est inspirée des Métamorphoses d’Ovide pour concevoir et réunir les photographies de ce livre. Là où l’auteur classique fait état de l’ensemble des mythes où des êtres humains ou divins se métamorphosent en d’autres êtres de la nature, Sandra Rocha s’empare directement des mondes animal, végétal et minéral pour les mettre en relation dans une sorte de cosmogonie. La présence humaine se retrouve prise au même niveau que l’ensemble des autres éléments composant notre monde. Sandra Rocha interroge photographiquement ce qu’un philosophe comme Emanuele Coccia a pu développer dans ses derniers ouvrages : comment les éléments du vivant peuvent interagir les uns avec les autres tout en étant intrinsèquement liés au tout. Une sorte d’Eden retrouvé que la photographe réinvente dans Le moindre souffle.

Flatland

En 2018, Maxime Brygo arpente plusieurs mois durant les plaines du sud du Vietnam, traversées par le fleuve Mékong. Originaire du nord de la France, il découvre dans son périple un autre « plat pays », qui, comme le sien, fut en partie gagné sur la mer. Alternant la couleur et le noir et blanc, il parvient à capter l’aspect transitoire des paysages visités tout comme leur charge symbolique ancestrale.
Flatland s’ouvre comme un recueil d’indices, d’autant plus happant que les photographies rassemblées confèrent à des sites a priori anodins une étrangeté, parfois une aura. Les lieux suggèrent ici des usages, des pratiques, des rituels, là des forces magiques, telluriques ou cosmiques dont les images restituent l’activité secrète.

Wild Rumors

Wild Rumors prend pour origine le roman d’Herman Melville Moby-Dick, ou le cachalot paru en 1851. Envisagé comme outil critique propice à aborder le monde contemporain, carte de nos propres mouvements, grille de lecture des milieux traversés, ce roman a constitué la trame et le filtre de l’expérience partagée et de recherches menées en France et à Detroit (Michigan) depuis 2016. Ce livre met à l’épreuve et vérifie l’intuition selon laquelle le roman de Melville, avec son navire-usine, son capitaine obsessionnel et son équipage discipliné préfigure le monde dans lequel nous vivons.
Pensé comme un espace de projection et de prospection, Wild Rumors préfère à la compilation de résultats la mise en récits des recherches, sur un mode polyphonique et arachnéen, aux sources multiples, où se croisent et dialoguent des champs disciplinaires multiples, des formes narratives — témoignages recueillis, fictions —, des régimes d’images et d’écritures très différents, émanant de chercheur.se.s, d’artistes, d’écrivain.e.s et de témoins. Opérant par montages de temps et d’espaces, ce livre croise le romanesque, l’expérience de terrain, la recherche en art et en sciences humaines ; il tisse les registres fictionnel, poétique, documentaire et théorique.
Que pourrait-être aujourd’hui la « baleine blanche » tant convoitée par Achab ?
Les témoins de la catastrophe l’ont-ils vue ?
Savent-ils où est le navire ; ce qu’est devenu l’équipage ?
Ne nous reste-t-il comme seul horizon que celui de vivre parmi les ruines du capitalisme ?

L’Amoureuse

Après le succès de Mère et fils (paru en 2018), les éditions Loco sont heureuses de collaborer de nouveau avec l’artiste bruxelloise Anne De Gelas avec la réédition de son livre : L’Amoureuse paru en 2013 aux éditions Le Caillou Bleu et depuis lors introuvable.

L’Amoureuse est la chronique autobiographique d’une douleur immense, celle du deuil suite à la perte de l’être aimé. C’est un récit qui mêle, comme on le trouvera des années plus tard dans Mère et fils, des extraits de journal, des photographies, (autoportraits, portraits de son fils, nature-morte…) et des dessins griffonnés. Des compositions devenues caractéristiques d’un style propre à une artiste si singulière.

« T. mon amoureux. le père de mon fils, est décédé le 5 avril 2010 d’un accident vasculaire cérébral. Il est tombé à côté de nous sur une plage de la mer du Nord. La violence de sa mort m’a placé devant un grand vide… un silence qui résonnait dans ma tête auquel faisait écho un ciel bleu intense de l’absence d’avion du aux cendres d’un volcan en colère, ma colère. Face à cette perte, je me suis enfoncée dans mon travail quotidien de journal intime que je poursuis depuis plus de 10 ans, en y inscrivant ma souffrance mais aussi ce trop plein de vie qui bouillait en moi. » Anne De Gelas

Jeff Wall

Avec Jeff Wall. Refonder la modernité , Philippe Bazin nous livre son point de vue d’artiste sur le travail d’un photographe mondialement célébré. Invitant sans arrêt l’irréel au sein du banal, Jeff Wall est passé maître dans l’art de l’étrangeté familière. Philippe Bazin propose ici un panorama de son oeuvre qu’il balaye généreusement, depuis les tous premiers travaux de la fin des années 1970 jusqu’à l’aube des années 2000. Il éclaire ainsi une trentaine de photographies, reproduites en grand format, en les confrontant à l’idéal baudelairien du « peintre de la vie moderne », qui irrigue la pratique et la réflexion de l’artiste canadien depuis ses débuts. Ce livre présente l’avantage de s’offrir comme une conversation fluide, un dialogue intellectuel et sensible entre deux photographes à l’affût du « fantastique réel extrait de la vie », que Baudelaire avait entrevu.

Galisteo Équivalences

Durant l’été 1989, Monique Deregibus rencontre au coeur du désert du bassin de Galisteo (Nouveau-Mexique, États-Unis), un lieu spécifique, isolé et puissant, chargé d’histoires chamaniques et de réminiscences indiennes. Pendant dix années (1989-1999), puis au cours d’un dernier voyage en 2017, elle ne cessera d’y revenir pour toujours photographier ces mêmes paysages, répétés jusqu’à l’usure, ces blocs chaotiques de pierre chargés de pétroglyphes indiens, déposés à la surface, saturant le paysage de si fragiles dess(e)ins.
Appelés Anasazis (les Anciens), et vivant sur les bords du Rio Grande, ils laissèrent sur les rochers des figures pariétales, des gravures attestant de leur passage (xiv-xviie siècles) ainsi que de leur présence rituelle, avant de disparaître de manière encore inexpliquée… C’est dans ce même désert américain que fut inventée et testée la première bombe atomique de l’histoire de l’humanité à Alamagordo, Nouveau-Mexique (juillet 1945) pour le pire à venir. Ce n’est que plus tard, dans l’après-coup de sa pratique, que se dévoilera pour la photographe ce qui se logeait inconsciemment là : un usage de la photographie tel qu’il voile et dévoile une image en suspens,
silencieuse, qui véhicule presque toujours une histoire humaine chaotique faite de bruits et de guerres.
Les extraits de texte qui ponctuent Galisteo Equivalences ont tous été choisis dans un vaste corpus de contes transmis oralement et recueillis par Jerome Rothenberg, immense poète américain, à la fin des années 1960, dans le livre intitulé Shaking the pumpkin traduit récemment en français par les éditions PURH sous le titre Secouer la citrouille. Les poèmes navajos, pueblos, zunis et hopi représentent l’univers sacré des Indiens du sud-ouest américain et font entendre dans le vif d’une langue leur dimension quotidienne et spirituelle.

Le Gel – L’Île

LE GEL – L’ÎLE réunit deux voyages, deux volets d’une recherche photographique sur un territoire à travers le prisme de mon imaginaire et de mes émotions, une fiction campée dans le Golfe du Saint-Laurent au Québec. Je m’étais donnée rendez-vous avec la Terre-Mère et le versant documentaire de l’exploration de ces régions a cédé place à un champ plus vaste, introspectif.

LE GEL – Hiver 2013, Gaspésie, île du Prince Edouard, îles de la Madeleine, Côte-Nord. Je suis allée à la rencontre de cet hiver, j’ai traversé les grands espaces lorsque que les conditions de vie sont plus rudes et que la nature semble reprendre ses droits. La solitude de générations de femmes m’a touchée.

L’ÎLE – Eté 2016, je me suis rendue sur l’île d’Anticosti, la plus large du Golfe, 8000 km2 de forêts préservées, de rivières pures, un village, et environ 200 habitants. Elle incarne l’archétype de l’île sauvage. Hantée par ses histoires de naufragés, elle semble imprenable.