beaux livres : photo, architecture, art

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Répliques. Mayotte en république

Mayotte est riche de mille spécificités : une culture métissée au croisement des héritages malgaches et shiraziens, une terre française et comorienne, un lagon exceptionnel, le plus vaste de l’océan indien…

Le photographe Franck Tomps a découvert à Mayotte un territoire magnifique et fascinant. Avec la départementalisation, la société mahoraise se restructure à grands pas dans un mouvement fragmenté. C’est précisément de cette transition historique dont il souhaite être le témoin. Sur ce territoire, tout bouillonne : la jeunesse majoritaire ; les esprits, quand on parle d’immigration et d’insécurité ; l’activité, où tous les pans de l’économie et du confort moderne se développent. Son travail photographique veut non seulement comprendre mais expliquer, non seulement témoigner mais mobiliser. Il fonctionne sur l’affirmation de notre humanité commune. En cela il est documentaire.

C’est le premier projet artistique de ce type mené sur le territoire.

To Winter There

To winter there est un récit visuel inspiré des expéditions de Louis Jolliet (1645-1700) à travers le continent nord-américain, territoire qu’il a parcouru tout au long de sa vie jusqu’à sa disparition en mer. Près de trois cents ans plus tard, en l’absence de ses journaux perdus, Charles-Frédérick Ouellet est parti sur les traces de ce personnage oublié, le long des fleuves qui s’enfoncent à l’intérieur des terres. Ses photographies dévoilent deux territoires situés aux directions opposées, l’un au sud des États-Unis, vers l’embouchure du Mississippi, l’autre au nord du Québec où s’impose la mer du Labrador.

« À l’affût, Ouellet a exploré de manière inédite ce qu’il est advenu de l’utopie d’une Amérique française. Sans donner à voir un récit linéaire, il a plutôt assemblé d’inextricables fils conducteurs, comme des témoins vivaces, dans des clairs-obscurs flous. En hiver, au sud comme au nord, partout, des signalétiques routières : des lignes et des formes, des croisées faites de poteaux, de câbles électriques, de poutres et d’édifices donnent une cohérence à la mission photographique. Vers le sud, la culture populaire rurale et urbaine conserve les vestiges d’un mode de vie hérité du Far West, des Cowboys et des Indiens. Au nord, on retrace des coureurs de bois devenus sportsmen. Une Nature trouble, tant par ses eaux que par ses arbres, sert aussi de décor. » (Extrait du texte de Guy Sioui Durand)

Psychorama

Psychorama réunit un ensemble de plus de 200 photographies que Patrick Weidmann a recueillies au cours de ces vingt dernières années. Son regard singulier s’est toujours porté sur un monde composé d’objets, d’espaces dévolus à la consommation, de lieux intermédiaires, de salles d’attentes, le tout clinquant de mille feux et de miroirs à facettes. Sans plus aucune présence humaine…
Comme si l’artiste faisait traverser son spectateur de l’autre côté d’un écran publicitaire et le projetait dans un monde où de l’humain ne resterait plus que son empreinte commerciale et ses vanités. La succesion des images et leur montage dans le livre renforcent l’effet d’être projeté dans un univers familier tout autant que dystopique. Une plongée dans un monde où la surconsommation aurait pris le dessus…

Le livre est accompagné des essais de Bruce Bégout, de Nathalie Herschdorfer, de Bertrand Tappolet ainsi que de l’auteur.

Femmes photographes. Dix ans de lutte pour sortir de l’ombre.

Ce livre est le récit d’une décennie (2013-2023) d’engagements militantspour la reconnaissance des femmes photographes dans les lieux d’expression de l’art et dans les médias. Dix années d’actions, de débats, de confrontations qui ont changé profondément le milieu de la photographie en l’ouvrant à plus de diversité.

Pour ce récit témoignage, l’autrice est allée à la rencontre de plusieurs acteur.rices de cette histoire (artistes, institutionnels…), qu’iels aient été fortement opposé.es au changement ou favorables.

Le récit s’attache particulièrement au parcours engagé de la photographe Marie Docher. Le 6 avril 2014, une lettre ouverte adressée au directeur de la Maison Européenne de la Photographie est publiée sur un blog intitulé Atlantes & Cariatides : culture, arts plastiques et fonds publics. Le rédacteur, Vincent David, écrit : « Depuis 1996, la MEP a présenté 280 expositions individuelles, et 82,5% d’entre elles présentaient des travaux réalisés par des hommes… »

Cette lettre va être suivie d’articles montrant la très faible proportion de femmes dans les secteurs de la photographie, chiffres à l’appui. Éditeurs, festivals, galeries, prix, institutions… tout le secteur est analysé, les responsables d’institutions et de festivals interpellés et les rares études sur le sujet diffusées.

SERIOUS GAMES : « UN CARCAN LUDIQUE » ?

L’extension du jeu à des domaines qui n’en relèvent pas est une tendance caractéristique du monde contemporain, communément désignée sous le terme de gamification. Ce phénomène d’ampleur considérable privilégie le développement d’un type de jeu particulier, au nom quasi oxymorique : le serious game, qui associe des moyens ludiques à une finalité productive, formatrice ou communicationnelle. L’ouvrage aborde le sujet sous un angle original, partant des fonctions de l’activité ludique dans le monde animal pour en interroger les finalités paradoxales dans la production et l’usage des jeux vidéo. Julian Alvarez met ainsi en relation le jeu solitaire que proposent les médiations virtuelles les plus sophistiquées avec les pratiques animales les plus rudimentaires en apparence. Il ne s’arrête toutefois pas à cette comparaison mais inaugure une réflexion sur le « carcan ludique » et les contraintes opposées à la liberté de jouer. L’ouvrage dévoile ainsi les effets rétroactifs et réciproques d’une standardisation culturelle sur la pratique des jeux. L’auteur, pour qui « jouer est finalement un travail de tous les jours », fournit au lecteur (ou au joueur) les éléments qui le guideront dans un monde imprégné de la culture des jeux vidéo pour décider lui-même du degré de confusion ou de distinction qui doit s’imposer entre activité ludique et contrainte laborieuse.

Sauvage matérialité

Au début des années 2000, Jean-Christophe Béchet se lance dans l’expérimentation de la matière photographique. Née d’un intérêt pour l’accident dans l’image, celle-ci atteint son apogée dans une hybridation des techniques argentiques et numériques, dont ce livre collecte les résultats inventifs et saisissants.
Avant de concevoir des tirages hybrides, Béchet a commencé par rassembler des amorces de films contenant des photos voilées, amputées ou effacées auxquelles il trouvait une qualité inattendue. En passant également par les diapositives et polaroids de la série « Accidents » exposée aux Rencontres d’Arles en 2013, cet ouvrage revisite deux décennies d’explorations.

les cris durent

Depuis trente ans, Jacques Grison explore les effets de rémanence produits par les lieux de grandes souffrances. La rémanence s’entend ici comme cette persistance d’effets dont la cause a disparu depuis longtemps.
« La photographie, dit-il, ouvre un champ privilégié et un temps d’expériences qui permettent d’interroger l’espace entre image et mémoire. C’est dans ces espaces de perception que nous nous construisons, que nous nous affranchissons et apprenons qui nous sommes, sans faux semblants, que nous apprenons à devenir libres au milieu de la pression, souvent monstrueuse, de l’homme, de son inhumaine condition et du chaos qu’il génère en permanence ».
Au cours des quatre dernières années, en résidence dans l’enceinte de l’ancien asile de Ville-Evrard, il a poursuivi et radicalisé sa recherche. Cette nouvelle sélection de photographies synthétise ce qu’il considère comme un pan essentiel de son travail.
Maria de Freitas, psychologue clinicienne à l’hôpital de Maison-Blanche et de Ville-Evrard croise un matin un patient en grande souffrance, il énumère à l’infini et en criant le nom de ses organes douloureux. Devant cette détresse, elle lui propose de déposer par écrit tous ses mots (maux) sur une feuille de papier, ce qui l’apaise. (…) Trois ans plus tard, le même patient croise la psychologue et l’interpelle ; « Eh, m’dame, l’écrit dur ! » ou « L’écrit dure » ou peut-être « Les cris durent »!?… C’est cette dernière acception que Jacques Grison entend lorsqu’il écoute, dans les mêmes lieux devenus vides, et aussi en d’autres endroits, le silence des souffrances qui se sont tues.

Nouvelles du paradis. La carte postale de vacances

Depuis la fin du XIXe siècle, la carte postale joue un rôle clef dans la mise en images des territoires. D’abord liée aux migrations volontaires ou forcées, elle s’impose peu à peu comme un rituel vacancier avec l’essor des congés payés et du tourisme de masse. Soumis à une concurrence de plus en plus rude, les éditeurs de cartes se battent pour les meilleurs points de vente, amendant sans cesse leurs collections de vues pour qu’elles coïncident au mieux avec les goûts changeants des consommateurs, quitte à recourir au photomontage…
Nouvelles du paradis aborde les cartes postales sous un angle original et double. En tant qu’objet de correspondance, d’une part, et en tant que produit industriel et éditorialisé d’autre part.
En exhibant ainsi les arcanes de la fabrication de l’imagerie touristique commerciale, au lieu de se contenter d’un commentaire iconographique superficiel, ce livre comble une véritable lacune. Conçu comme un ouvrage de référence, il croise les contributions de disciplines variées (histoire, sociologie, ethnologie, art contemporain) pour fournir un tableau très complet de l’évolution de cet objet populaire en voie de disparition.
De ses lieux d’émergence (tour Eiffel, littoraux…) aux procédés techniques auxquels les éditeurs recourent pour vendre plus, en passant par la sociabilité cartophile des collectionneurs et les nouveaux récits de vacances par l’image à l’heure des réseaux sociaux, la carte postale est abordée sous tous ses aspects.

Ecce Dico

Ecce Dico s’adresse à celles et ceux que les métiers créatifs intéressent et fascinent. Savoir-être, relations, état d’esprit, perspectives, il lève le voile sur le quotidien en agence et sur la vie des nombreux professionnels, toutes générations confondues, qui y travaillent. Douze ans après Ecce Logo (Loco, 2011), Gilles Deléris et Denis Gancel poursuivent leurs réflexions sur le monde des marques, du design, et de la communication. Co-fondateurs
de l’agence W réputée pour sa créativité, les auteurs proposent, définitions après définitions, un regard décalé et sans langue de bois sur la vie en agence. Les joies, les doutes, l’esprit de compagnonnage, le management, la place des femmes, le poison du harcèlement…
Gilles Deléris et Denis Gancel partagent leur expérience et leur amour pour le « plus beau métier du monde après la médecine et l’architecture ». Alors qu’Ecce Logo invitait à visiter une galerie d’art contemporain, les auteurs nous conduisent cette fois à parcourir une sorte de dictionnaire fantasque, une folie en forme d’abécédaire inspirée de l’édition 1923 du Petit Larousse illustré. Cent ans plus tard, ils conçoivent un objet original, qui fait interpréter l’incroyable imaginaire des gravures de l’époque par la puissance de l’intelligence artificielle. Le résultat est tantôt déroutant, tantôt surprenant, parfois kitch, parfois baroque mais donne à voir une esthétique en construction. Avant de se lancer dans la lecture des textes, chacune et chacun pourra tenter de retrouver les évocations qui se cachent derrière chaque lettrine. Enfin, qui dit dictionnaire dit « pages roses… ». Dans cette édition 2023, le jargon professionnel du métier remplace avec ironie les locutions latines.

Une poignée d’étoiles

« Ce livre est une plongée dans l’aspect le plus intime de ma production photographique. Depuis 2006, je tiens un journal visuel, attentif aux signes et à la recherche de fragments de ce qui constitue mon univers. Je poursuis les traces fragiles et éphémères des choses qui disparaissent rapidement, partout, tout le temps, ces choses, facilement trouvées, si difficilement retenues. Je vois ce journal comme un film sans scénario où l’oeuvre prend forme sur ma table puis dans le livre. Chaque chapitre est un trajet, une tranche de vie accélérée, une captation de l’inlassable mouvement du monde. Une poignée d’étoiles fait notamment référence à mes prises de vues nocturnes durant le confinement, dans une volonté symbolique de transformer le chaos en cosmos. En plus des photographies, je joins de brefs textes, des extraits de mon journal. J’y vois là de nouvelles images, comme des planches contacts littéraires. » (Bertrand Carrière)