beaux livres : photo, architecture, art

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Psychorama

Psychorama réunit un ensemble de plus de 200 photographies que Patrick Weidmann a recueillies au cours de ces vingt dernières années. Son regard singulier s’est toujours porté sur un monde composé d’objets, d’espaces dévolus à la consommation, de lieux intermédiaires, de salles d’attentes, le tout clinquant de mille feux et de miroirs à facettes. Sans plus aucune présence humaine…
Comme si l’artiste faisait traverser son spectateur de l’autre côté d’un écran publicitaire et le projetait dans un monde où de l’humain ne resterait plus que son empreinte commerciale et ses vanités. La succesion des images et leur montage dans le livre renforcent l’effet d’être projeté dans un univers familier tout autant que dystopique. Une plongée dans un monde où la surconsommation aurait pris le dessus…

Le livre est accompagné des essais de Bruce Bégout, de Nathalie Herschdorfer, de Bertrand Tappolet ainsi que de l’auteur.

Femmes photographes. Dix ans de lutte pour sortir de l’ombre.

Ce livre est le récit d’une décennie (2013-2023) d’engagements militantspour la reconnaissance des femmes photographes dans les lieux d’expression de l’art et dans les médias. Dix années d’actions, de débats, de confrontations qui ont changé profondément le milieu de la photographie en l’ouvrant à plus de diversité.

Pour ce récit témoignage, l’autrice est allée à la rencontre de plusieurs acteur.rices de cette histoire (artistes, institutionnels…), qu’iels aient été fortement opposé.es au changement ou favorables.

Le récit s’attache particulièrement au parcours engagé de la photographe Marie Docher. Le 6 avril 2014, une lettre ouverte adressée au directeur de la Maison Européenne de la Photographie est publiée sur un blog intitulé Atlantes & Cariatides : culture, arts plastiques et fonds publics. Le rédacteur, Vincent David, écrit : « Depuis 1996, la MEP a présenté 280 expositions individuelles, et 82,5% d’entre elles présentaient des travaux réalisés par des hommes… »

Cette lettre va être suivie d’articles montrant la très faible proportion de femmes dans les secteurs de la photographie, chiffres à l’appui. Éditeurs, festivals, galeries, prix, institutions… tout le secteur est analysé, les responsables d’institutions et de festivals interpellés et les rares études sur le sujet diffusées.

Sauvage matérialité

Au début des années 2000, Jean-Christophe Béchet se lance dans l’expérimentation de la matière photographique. Née d’un intérêt pour l’accident dans l’image, celle-ci atteint son apogée dans une hybridation des techniques argentiques et numériques, dont ce livre collecte les résultats inventifs et saisissants.
Avant de concevoir des tirages hybrides, Béchet a commencé par rassembler des amorces de films contenant des photos voilées, amputées ou effacées auxquelles il trouvait une qualité inattendue. En passant également par les diapositives et polaroids de la série « Accidents » exposée aux Rencontres d’Arles en 2013, cet ouvrage revisite deux décennies d’explorations.

les cris durent

Depuis trente ans, Jacques Grison explore les effets de rémanence produits par les lieux de grandes souffrances. La rémanence s’entend ici comme cette persistance d’effets dont la cause a disparu depuis longtemps.
« La photographie, dit-il, ouvre un champ privilégié et un temps d’expériences qui permettent d’interroger l’espace entre image et mémoire. C’est dans ces espaces de perception que nous nous construisons, que nous nous affranchissons et apprenons qui nous sommes, sans faux semblants, que nous apprenons à devenir libres au milieu de la pression, souvent monstrueuse, de l’homme, de son inhumaine condition et du chaos qu’il génère en permanence ».
Au cours des quatre dernières années, en résidence dans l’enceinte de l’ancien asile de Ville-Evrard, il a poursuivi et radicalisé sa recherche. Cette nouvelle sélection de photographies synthétise ce qu’il considère comme un pan essentiel de son travail.
Maria de Freitas, psychologue clinicienne à l’hôpital de Maison-Blanche et de Ville-Evrard croise un matin un patient en grande souffrance, il énumère à l’infini et en criant le nom de ses organes douloureux. Devant cette détresse, elle lui propose de déposer par écrit tous ses mots (maux) sur une feuille de papier, ce qui l’apaise. (…) Trois ans plus tard, le même patient croise la psychologue et l’interpelle ; « Eh, m’dame, l’écrit dur ! » ou « L’écrit dure » ou peut-être « Les cris durent »!?… C’est cette dernière acception que Jacques Grison entend lorsqu’il écoute, dans les mêmes lieux devenus vides, et aussi en d’autres endroits, le silence des souffrances qui se sont tues.

Nouvelles du paradis. La carte postale de vacances

Depuis la fin du XIXe siècle, la carte postale joue un rôle clef dans la mise en images des territoires. D’abord liée aux migrations volontaires ou forcées, elle s’impose peu à peu comme un rituel vacancier avec l’essor des congés payés et du tourisme de masse. Soumis à une concurrence de plus en plus rude, les éditeurs de cartes se battent pour les meilleurs points de vente, amendant sans cesse leurs collections de vues pour qu’elles coïncident au mieux avec les goûts changeants des consommateurs, quitte à recourir au photomontage…
Nouvelles du paradis aborde les cartes postales sous un angle original et double. En tant qu’objet de correspondance, d’une part, et en tant que produit industriel et éditorialisé d’autre part.
En exhibant ainsi les arcanes de la fabrication de l’imagerie touristique commerciale, au lieu de se contenter d’un commentaire iconographique superficiel, ce livre comble une véritable lacune. Conçu comme un ouvrage de référence, il croise les contributions de disciplines variées (histoire, sociologie, ethnologie, art contemporain) pour fournir un tableau très complet de l’évolution de cet objet populaire en voie de disparition.
De ses lieux d’émergence (tour Eiffel, littoraux…) aux procédés techniques auxquels les éditeurs recourent pour vendre plus, en passant par la sociabilité cartophile des collectionneurs et les nouveaux récits de vacances par l’image à l’heure des réseaux sociaux, la carte postale est abordée sous tous ses aspects.

Une poignée d’étoiles

« Ce livre est une plongée dans l’aspect le plus intime de ma production photographique. Depuis 2006, je tiens un journal visuel, attentif aux signes et à la recherche de fragments de ce qui constitue mon univers. Je poursuis les traces fragiles et éphémères des choses qui disparaissent rapidement, partout, tout le temps, ces choses, facilement trouvées, si difficilement retenues. Je vois ce journal comme un film sans scénario où l’oeuvre prend forme sur ma table puis dans le livre. Chaque chapitre est un trajet, une tranche de vie accélérée, une captation de l’inlassable mouvement du monde. Une poignée d’étoiles fait notamment référence à mes prises de vues nocturnes durant le confinement, dans une volonté symbolique de transformer le chaos en cosmos. En plus des photographies, je joins de brefs textes, des extraits de mon journal. J’y vois là de nouvelles images, comme des planches contacts littéraires. » (Bertrand Carrière)

Scenery

Cette monographie réinterroge le travail photographique que Claire Chevrier mène depuis une vingtaine d’années autour d’une question récurrente : comment représentons-nous un espace ? Ou, plus précisément : comment représentons-nous un espace dans un cadre photographique ?
Il s’agit, chez cette artiste, de toujours se demander comment organiser le réel. On retrouve cela à travers ses différentes recherches, dans son projet autour des espaces scéniques comme avec celui de la ville envisagée comme décor. Lorsqu’elle observe des espaces dédiés au travail, ce qui l’intéresse alors est la façon dont le corps évolue dans un espace particulier. Les corps sont pris dans un espace qui les dépasse. Tous les espaces de représentation photographiés par Claire Chevrier entretiennent une parenté avec l’espace scénique. C’est ce qu’indique le titre du livre : Scenery (à la fois « scène » et « paysage » en anglais).

Le Moindre souffle

Sandra Rocha s’est inspirée des Métamorphoses d’Ovide pour concevoir et réunir les photographies de ce livre. Là où l’auteur classique fait état de l’ensemble des mythes où des êtres humains ou divins se métamorphosent en d’autres êtres de la nature, Sandra Rocha s’empare directement des mondes animal, végétal et minéral pour les mettre en relation dans une sorte de cosmogonie. La présence humaine se retrouve prise au même niveau que l’ensemble des autres éléments composant notre monde. Sandra Rocha interroge photographiquement ce qu’un philosophe comme Emanuele Coccia a pu développer dans ses derniers ouvrages : comment les éléments du vivant peuvent interagir les uns avec les autres tout en étant intrinsèquement liés au tout. Une sorte d’Eden retrouvé que la photographe réinvente dans Le moindre souffle.

Flatland

En 2018, Maxime Brygo arpente plusieurs mois durant les plaines du sud du Vietnam, traversées par le fleuve Mékong. Originaire du nord de la France, il découvre dans son périple un autre « plat pays », qui, comme le sien, fut en partie gagné sur la mer. Alternant la couleur et le noir et blanc, il parvient à capter l’aspect transitoire des paysages visités tout comme leur charge symbolique ancestrale.
Flatland s’ouvre comme un recueil d’indices, d’autant plus happant que les photographies rassemblées confèrent à des sites a priori anodins une étrangeté, parfois une aura. Les lieux suggèrent ici des usages, des pratiques, des rituels, là des forces magiques, telluriques ou cosmiques dont les images restituent l’activité secrète.

Wild Rumors

Wild Rumors prend pour origine le roman d’Herman Melville Moby-Dick, ou le cachalot paru en 1851. Envisagé comme outil critique propice à aborder le monde contemporain, carte de nos propres mouvements, grille de lecture des milieux traversés, ce roman a constitué la trame et le filtre de l’expérience partagée et de recherches menées en France et à Detroit (Michigan) depuis 2016. Ce livre met à l’épreuve et vérifie l’intuition selon laquelle le roman de Melville, avec son navire-usine, son capitaine obsessionnel et son équipage discipliné préfigure le monde dans lequel nous vivons.
Pensé comme un espace de projection et de prospection, Wild Rumors préfère à la compilation de résultats la mise en récits des recherches, sur un mode polyphonique et arachnéen, aux sources multiples, où se croisent et dialoguent des champs disciplinaires multiples, des formes narratives — témoignages recueillis, fictions —, des régimes d’images et d’écritures très différents, émanant de chercheur.se.s, d’artistes, d’écrivain.e.s et de témoins. Opérant par montages de temps et d’espaces, ce livre croise le romanesque, l’expérience de terrain, la recherche en art et en sciences humaines ; il tisse les registres fictionnel, poétique, documentaire et théorique.
Que pourrait-être aujourd’hui la « baleine blanche » tant convoitée par Achab ?
Les témoins de la catastrophe l’ont-ils vue ?
Savent-ils où est le navire ; ce qu’est devenu l’équipage ?
Ne nous reste-t-il comme seul horizon que celui de vivre parmi les ruines du capitalisme ?