beaux livres : photo, architecture, art

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Maringouin

En 1838, l’Université de Georgetown, une institution jésuite du Maryland, est au bord de la faillite. Pour se sortir de cette impasse, les jésuites décident de vendre plus de 300 esclaves qui travaillaient sur leurs plantations à différents propriétaires terriens de Louisiane. La plupart d’entre eux auraient péri en route. Mais en 2015, un ancien élève de Georgetown décide de mener des recherches généalogiques en Louisiane auprès d’anciennes plantations et retrouvent plus de 10 000 descendant·e·s directs.

Maringouin interroge des questions de justices mémorielles en lien avec le passé controversé de l’Université de Georgetown et les recherches généalogiques pour retrouver les descendant·e·s des 314 esclaves connus sous le nom de GU272.


Par le biais de photographies, d’entretiens et de collectes d’archives, le photographe Alex Troesch dresse le portrait des communautés de descendant·e·s en Louisiane, mais aussi des étudiant·e·s et d’historien·ne·s de l’Université de Georgetown
Il s’agit pour lui de rendre compte de cette mémoire douloureuse en interrogeant des vérités gênantes.

Maringouin enrichit le débat autour des inégalités raciales aux États-Unis mais aussi en Europe à travers une introspection, celle d’un Européen sur les traces d’un passé dont nous sommes tous et toutes les héritier·ère·s.

Funambules

Funambules est un ouvrage collaboratif mené sous la direction du photographe Bertrand Meunier, à la suite de sa rencontre, au Luxembourg, avec Réseau Psy, un établissement qui accueille et travaille depuis plusieurs décennies avec des personnes psychotiques. Bertrand Meunier y a rencontré plusieurs résidents et a engagé avec eux un travail de longue haleine, partageant leur quotidien et nouant des relations approfondies, notamment lors d’ateliers où une connivence artistique s’est installée.

De grands cahiers Moleskine ont alors été ouverts, dans lesquels chacun a pu exprimer sa créativité : écriture, peinture, dessin, bande dessinée, collage ou photographie. Ces cahiers se sont enrichis au fil des contributions de chacun, donnant naissance à une véritable œuvre collective.

Funambules est devenu un livre polyphonique, rythmé par les photographies de Bertrand Meunier et les créations d’une dizaine de résidents, que le graphiste Michel Lepetitidier a su mettre en page avec virtuosité.

Altinha

L’Altinha est un jeu populaire qui se joue sur les plages de Rio de Janeiro : Ipanema, Leblon, Copacabana, Leme, etc. Ce jeu consiste à garder la balle en l’air, sans que les joueurs ne puissent utiliser leurs mains. Ce sport carioca par excellence est apparu dans les années 1960 et se joue, de préférence, près de l’eau, là où les pieds ne risquent pas d’être brûlés par le sable chaud. Tanara Stuermer poursuit : « J’ai toujours aimé regarder ce sport. Dès le début, j’ai trouvé magnifique l’esprit de solidarité qui relie les joueurs. Ils ne sont pas en compétition. Il n’y a pas de rivalité. Ils ont tous un même objectif ludique : ne pas laisser la balle toucher le sol. » Tanara Stuermer voit dans ces scènes sportives, rythmées par les déplacements des corps et des ballons, de véritables chorégraphies qu’elle essaie de restituer dans ses images. Elle réalise ainsi des expérimentations en superposant des papiers calque apportant une diffraction et une décomposition du mouvement, à l’instar d’un Eadweard Muybridge ou d’un Étienne-Jules Marey. Altinha est un véritable livre-objet jouant de la transparence d’un papier fin pour restituer les recherches formelles de l’artiste.

Politique de la représentation

Politique de la représentation met à jour l’ensemble des projets réalisés en commun depuis vingt-cinq ans par le photographe Philippe Bazin et la philosophe Christiane Vollaire. Cette association de travail, entre photographie documentaire critique et philosophie de terrain, n’a pas d’équivalent en France et couvre le premier quart de ce XXIe siècle L’ouvrage n’entend pas faire le catalogue des différents projets, mais plutôt montrer comment ceux-ci sont reliés par des préoccupations communes de l’actualité contemporaine : la question esthétique dans sa relation au politique (faire du commun), traversée de nos jours par les processus de globalisation.
Le livre se déploie en cinq chapitres :

  1. Habiter : interroge la part revendiquée pour tous
    au territoire à travers la parole de ceux qui proposent
    des alternatives aux décisions industrielles
    ou urbanistiques.
  2. Migrations : met en évidence les effets destructeurs des politiques migratoires et les manières de s’y affronter.
  3. Résistances et protestations : porte sur la force des fraternités paradoxales qui se forment lors des mouvements de protestation.et des soulèvements.
  4. Solidarités : montre comment se fédèrent des initiatives de contre-conduites face aux menaces qui pèsent sur les politiques sociales.
  5. Histoire : questionne l’ancrage de l’actualité dans l’Histoire des luttes pour les droits.

Il s’agit avant tout de donner pleinement sa place à la photographie, dans la relation qu’elle entretient autant avec la parole des premiers concernés qu’avec la réflexion philosophique qui s’y engage, pour ouvrir quelques perspectives sur des réels et des possibles du monde contemporaine. Les textes de la philosophe – et la parole des personnes avec qui elle s’est entretenue donnent ainsi aux images leur juste résonance, jamais illustrative.

Rio Centro

Rio Centro, un des deux volumes d’un diptyque dédié à Rio, (le deuxième étant Rio Praia) constitue un portrait subjectif, intime, du coeur de la ville, aussi animé la journée que désert et dangereux le soir, quand les bureaux sont fermés.

À côté, il y a les quartiers de Santa Teresa, de Lapa, de Botafogo, de Flamengo, de Gávea… des lieux
où la Street Photography est un outil parfait pour témoigner d’un univers sombre et contrasté. Rio se prête bien à l’écriture photographique de Jean-Christophe Béchet, dans laquelle l’esprit documentaire s’évade vers une forme de poésie cinématographique qui laisse la réalité en suspension…

Vert Paradis

Niché au cœur du parc du Vexin français, le domaine régional de Villarceaux invite les visiteurs à la flânerie et à la rêverie. Classé monument historique, ce joyau méconnu abrite un ensemble unique de bâtiments datant du XIVe au XIXe siècle, ainsi que soixante-dix hectares de jardins d’une richesse exceptionnelle, labellisés « Jardin remarquable ».

Espacio disponible

Nous sommes passés d’une économie axée sur l’offre à une économie axée sur la demande. La nouvelle économie du monde ne se définit pas seulement par la souveraineté d’une logique financière, elle est indissociable du poids que représentent les consommateurs. La consommation fonctionne désormais comme un flux continu et incessant. Les panneaux publicitaires installés dans le paysage
appartiennent déjà au passé, à une ère analogique. Leur matérialité est remplacée par des dispositifs publicitaires électroniques qui s’installent désormais dans les champs virtuels de l’Internet.

Le travail du photographe espagnol Eduardo Nave a été de documenter ces squelettes d’un passé glorieux et d’en dresser un inventaire. Ces panneaux sont devenus de véritables totems déchus et décharnés qui se désintègrent, année après année, contaminant l’environnement et le paysage visuel.
Il révèle ainsi une archéologie d’une société de consommation d’un autre siècle.

« Espacio disponible, c’est l’anti-Times Square : à la saturation de l’espace urbain par les enseignes resplendissantes en néon et LED succède le no man’s land des zones arides, dépeuplées, quasi désertiques, seulement surmontées de structures décharnées en quête de repreneur improbable. La désolation après le brillant, le vide après l’excès, l’ennui après l’euphorie de l’animation publicitaire. Voici le temps de la désaffection d’un grand vecteur communicationnel né au commencement de la modernité industrielle. » Gilles Lipovetsky

Paysmages

Le philosophe Gilles Tiberghien est connu pour ses travaux autour du paysage et notamment pour ses recherches autour du Land Art, ses écrits et rencontres avec les plus grands artistes ayant notamment contribué à la diffusion en France de cet important mouvement artistique né aux États-Unis au XXe siècle. Mais depuis longtemps, moins connu par son public, Gilles Tiberghien s’intéresse à la photographie et écrit régulièrement sur des photographes contemporains. Paysmages réunit ainsi un ensemble de textes écrits sur près de vingt ans. La sélection des photographes que l’auteur a décidé de proposer ici met en lumière les réflexions qu’il poursuit autour de la notion de paysage : « La question sous-entendue, ici, n’est pas comment nous nous représentons les paysages, grâce à la photographie, mais plutôt comment cristallise dans ces images quelque chose que nous finissons par nommer paysage. »

Essais autour des oeuvres d’Aurore Bagarry, Thibaut Cuisset, Suzanne Doppelt, Hamish Fulton, Mario Giacomelli, Lucie Jean, Josef Koudelka, Richard Long, Alex MacLean, Manuela Marques, Bernard Plossu, Claire Renier, Bertrand Stofleth et Bill Viola.

Duographie

Duographie retrace dix années de création du duo d’artistes Pétrel I Roumagnac (duo), formé par Aurélie Pétrel et Vincent Roumagnac. À la croisée des arts visuels et du théâtre, leur travail explore le dialogue entre photographie et mise en scène à travers des installations à protocoles de réactivation et des pièces photoscéniques. Depuis 2013, ils conçoivent ensemble des créations qui évoluent en fonction de leur environnement d’exposition, interrogeant les conventions de la visibilité des oeuvres, tant dans l’espace que dans le temps. Chacune des pièces présentées par le duo ne cesse de se déplacer dans son endroit d’exposition, évoluant entre temps de latence, espace de réserve, et redistribution dans l’espace, selon des réarrangements successifs des objets photographiques et autres matériaux qui les constituent. En résultent des installations hybrides, un théâtre d’objet contemporain à temporalités troubles, mélange d’images fixes, de traces de corps, et de sculpture performative en perpétuel mouvement. L’ouvrage prend le parti de se focaliser visuellement sur de rêves, d’Astérion, et de l’Ekumen, la trilogie des pièces photoscéniques réalisées par le duo entre 2016 à 2023, chacune offrant une plongée immersive dans leur univers foisonnant et flottant. La « Pièce duophonique en neuf scènes » rejoue sous un format de pièce de théâtre, des entretiens entre les deux protagonistes, qui, en compagnie d’ami.e.s passant dans le cours de leur discussion, se déroulent tout au long de l’ouvrage jouée dans et pour le livre, et venant éclairer, au vif des paroles de l’intérieur, les dix années de ce travail unique en duo.

Index Pétrel

La pratique photographique d’Aurélie Pétrel interroge le statut de l’image, son utilisation ainsi que les mécanismes de sa production. Ancrées dans la durée, ses recherches visent à ramener la prise de vue au centre de la réflexion multisensorielle à l’aide de dispositifs spatiaux. Aurélie Pétrel pose la question de la mutation-mutabilité d’une image, son potentiel de fractalisation, non seulement en soi mais aussi dans ce qu’elle peut provoquer comme trouble en son expérience de pluriperception. Pour elle, une prise de vue génère une multitude de prises de point de vue. Les temps et les espaces ne cessent de se superposer, tout en ne cessant pas de se disjointer. L’image mouvante se redistribue et ses métamorphoses consécutives viennent ainsi déjouer son absorption consensuelle, sa perception une et définitive, son moment et sa position décisifs. Mettant en oeuvre les outils formels et les processus intellectuels tant des artistes que des chercheurs, Pétrel associe une démarche plasticienne et conceptuelle dans une suite programmatique de mises en situation, où le format exposition rejoue à chaque fois différemment, la dimension interprétative de toute partition, de toute photographie en latence, de toute forme en attente de métamorphose. Son travail fait partie de la collection du Musée de l’Élysée de Lausanne (CH) ; du Centre National d’Art Moderne (MNAM)–Centre Georges Pompidou, Paris, du Centre National des Arts Plastiques (CNAP), du FRAC Normandie Rouen et du FRAC Occitanie Montpellier…