beaux livres : photo, architecture, art

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Banqueroute

Au départ, un gros mot avait été jeté sur une table autour de laquelle s’impatientaient dix-sept photographes en formation à l’École des métiers de l’information (EMI) : LA CRISE ! On a entendu précarité, abandon, souffrance… Certains ont chuchoté peur, incertitude, naufrage… tandis que d’autres irrévérents ont tenté de biaiser la question dans une bonne crise de rire. Puis ce collectif occasionnel, dans un temps très court, a sillonné Paris et sa banlieue, un territoire bouillonnant, afin de donner une image à cette crise tant rebattue. Mais de quoi s’agissait-il ?

Une crise de civilisation ?

Économique ?

Existentielle ?

Culturelle ?

Politique ?

Écologique ?

Chaque photographe a souhaité y répondre librement, les approches ont été très variées et une équipe d’apprentis graphistes est venue mettre en scène cette matière chaotique jusqu’à glisser vers la banqueroute… Il paraît que les crises précèdent les révolutions…

Cet ouvrage a été coédité avec l’Emi-Cfd

Réhabiliter le périurbain

Avec le développement des modes de communication et de transports modernes, de la fragmentation de la famille et du boom des grandes surfaces commerciales, les modes de vie des habitants des zones urbaines se sont radicalement transformés. Le retour à la nature, la taille de l’habitation et l’accès à la propriété, difficile en centre-ville, sont quelques-uns des facteurs qui ont donné place à la périurbanité dans nos sociétés occidentales dans leur quête d’un mode de vie idéal et idyllique.

Cet ouvrage mêlant réflexions autour du périurbain et photographies d’artistes contemporains, est une synthèse des interventions et des échanges qui ont eu lieu durant les deuxièmes Rencontres du Forum Vies Mobiles intitulées « Des mobilités durables dans le périurbain, est-ce possible ? ». Il est à prendre comme un exercice d’interprétation autour des enjeux relatifs à ces formes d’urbanisation contemporaines qui se développent à travers le monde, et surtout en Europe. Il est également l’expression des échanges et de la confrontation de regards entre des chercheurs, des artistes et des professionnels de l’urbain et des transports.
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Œuvres reproduites de : Maria Thereza Alves, Andreas Angelidakis, Justin Bennett, Nicolas Boone, Olivier Culmann, Patrizia di Fiore, André Mérian, Jürgen Nefzger, Maïté Pouleur, Marion Poussier, Solmas Shahbazi, Hortense Soichet, Lars Tunbjörk, Ferjeux van der Stigghel, Atelier Van Lieshout.

Des images comme des oiseaux

Ce livre propose pour la première fois un inventaire exhaustif de la collection photographique du Centre national des arts plastiques (CNAP) dans laquelle Patrick Tosani s’est immergé pendant plus de trois ans. Il retrace la méthodologie et l’approche par lesquelles l’artiste a composé ses rapprochements iconographiques. Après l’inventaire stricto-sensu, le lecteur pourra, au fil des pages, suivre le regard de l’artiste et zoomer sur la collection pour découvrir les photographies qu’il a retenues selon des critères mêlant à la fois le subjectif et le scientifique.
Cette sélection de plus de 700 images, ordonnées selon l’ordre alphabétique du nom des artistes, est mise en page comme des planches de l’atlas mnémosyne d’Aby Warburg. Ces compositions où sont respectées les proportions des oeuvres entre elles, répondent au dispositif d’exposition créé par Patrick Tosani et Pierre Giner, privilégiant les rencontres inédites entre les œuvres et refusant toute hiérarchisation de leurs auteurs et des genres photographiques.

Un échange inédit entre la philosophe Marie-José Mondzain et le critique Laurent Roth porte sur la question de la réception des images aujourd’hui. Patrick Tosani et Pierre Giner reviennent quant à eux dans leur entretien avec François Quintin sur leur rencontre, leur collaboration et la méthode de travail qui a été la leur pour mettre en œuvre cette expérience originale.

Hidden River

«La Tiretaine n’est pas la première rivière que le photographe anglais John Davies choisit comme fil conducteur pour aborder et comprendre un pays(age). Ses images de la Mersey, du Po, du Nervión, de la Loire, la Taff, l’Arno, la Seine ou la Durance ont déjà su saisir ce que ces cours d’eau racontent des tensions —entre beauté et nécessité, passé et présent, public et privé, économie et écologie, nature et urbanisme…—, tricotées dans un paysage au gré de choix politiques successifs. Gambadant parfois à ciel ouvert, mais le plus souvent recouverte, cimentée, canalisée, soupçonnée de pollution et privée de liberté, la Tiretaine n’échappe pas aux différentes problématiques déjà soulevées par les précédents travaux du « géographe-photographe ». Quoique de taille tout à fait modeste, la Tiretaine est cependant le cours d’eau qui plaça John Davies dans l’une des situations les plus paradoxales qu’il soit pour un photographe : saisir l’image d’une rivière jouant à cache-cache sur plus de la moitié de son parcours. Autant dire montrer l’invisible. Ses facéties ne sont pas venues à bout des talents d’observation de cet enquêteur minutieux qui prend très vite le parti d’un salutaire partage des eaux, la saisissant en couleur lorsqu’elle s’ébat à l’air libre, en noir et blanc lorsqu’elle se glisse sous terre.» [extrait du texte]

Cet ouvrage a reçu le partenariat de la Ville de Clermont-Ferrand

Igor Moukhin

Igor Moukhin est un des plus grands représentants russes du photoreportage. Il n’avait pas encore publié en France de monographie retraçant son parcours photographique. Aussi, cet ouvrage reprend en une soixantaine d’images reproduites en doubles pages, la traversée du photographe dans les grandes mutations de la Russie. Né dans les années 1960, il a vécu les bouleversements importants de ce pays : de l’ère Kroutchev et la fin du régime soviétique à la Perestroïka et la mise en place de nouveaux codes sociétaux.

Une partie de son travail retrouve dans la société actuelle des signes et figures qui ont émaillé la période soviétique : statues, effigie, monuments d’une ère révolue croisent des scènes où le réel ne se donne jamais à voir mais se trouve souvent mis à distance, par la présence de matières ou d’objets qui font écran. Ses photographies en noir et blanc s’inscrivent entre une certaine tradition d’une école humaniste française et celle d’une école de la rue tout américaine. Moukhin se situe en témoin proche de ses concitoyens : la distance qu’il impose aux sujets photographiés érige le style du photographe, un recul aussi bienveillant qu’amusé et critique.

Territoires émergents

« Territoires émergents » est le programme international de recherche pour le soutien à la jeune création en photographie du Centre régional de la photographie Nord-Pas-de-Calais. Ce deuxième volet, 2011-2012, qui est le fruit d’une collaboration franco-allemande, est intitulé « Lieux de vie » et réunit les contributions artistiques de quatre lauréats suite à leurs résidences de recherche dans la région Nord-Pas-de-Calais. Cette édition accompagne l’exposition itinérante des travaux réalisés de : Éric Giraudet de Boudemange, Freya Hattenberger, Maïté Pouleur et Sarah Ritter. Composé de quatre monographies enrichies d’un entretien de l’artiste avec l’un de ces auteurs : Jean-Luc Nancy, Damien Sausset, Bernard Serexhe, cet ouvrage apporte un éclairage sur la nature spécifique de ce programme de recherche et sur l’approche singulière de chaque artiste.

Les arpenteurs

Depuis 1989, le paysage constitue un des éléments importants des préoccupations d’Anne Favret et Patrick Manez, le paysage comme la trace visible d’un monde en perpétuel renouvellement.
Cela faisait longtemps qu’ils cherchaient à travailler autour de l’idée d’utopie. La rencontre avec le plateau de Calern, paysage calcaire modelé de manière spectaculaire par les dolines sur lesquelles sont dispersées les différentes infrastructures de l’Observatoire astronomique, a permis de mettre en œuvre cette idée.
Ainsi, Anne Favret et Patrick Manez se sont immergés, semaine après semaine, dans la vie de l’observatoire, échangeant avec l’ensemble des équipes, accompagnant les événements du site, travaillant au rythme des saisons sur les différentes activités de Calern pour constituer un ensemble de prises de vues où se mêlent portraits, paysages, nature morte, photographies nocturnes.

Paysages insoumis

Que dit un paysage ? Que cache-t-il derrière son apparente tranquillité ? En travaillant sur un projet autour de Vassivière, dans le Limousin, Thierry Girard a été frappé par le caractère rebelle et réfractaire de l’histoire et de la culture de cette région. Fort de cette réflexion, il tente de restituer à travers ses photographies prises à la chambre, la dimension historique, si riche dans cette région et dans les départements limitrophes.

Évoquer la terre de la Résistance mais aussi toutes les résistances qui au cours des siècles ont nourri l’histoire de ces régions : les révoltes collectives ou individuelles, les jacqueries et conflits sociaux, mais aussi les chemins d’exil ou de migration de populations chassées par la nécessité.
Son travail s’est constitué autour de lieux (villes, villages, campagnes, forêts) où un événement remarquable ou plus modeste y a laissé une empreinte. Le paysage semble le plus souvent indifférent, souvent silencieux par rapport à son histoire mais tout le talent était de faire sourdre à la surface de l’image cette charge du passé. Se documentant, recueillant quelquefois des témoignages des habitants, il présente en regard de chaque photographie, un court texte où est relaté l’événement historique qui s’y ait déroulé.

L’écrivain Pierre Bergounioux, si attaché à cette terre du Centre de la France, a écrit un texte conséquent, inédit, reprenant une petite histoire de l’insoumission à travers les âges : partant de l’époque sumérienne pour arriver à Tarnac en 2008 ! On retrouve la force de son style littéraire qui porte ici tout son engagement.

La Montagne

D’entrée, la forme de la ville s’impose : la montagne du titre est bien là, en arrière-plan, les forêts aussi, et des rues, des maisons, un viaduc. Des personnages apparaissent. Fait inhabituel chez l’auteur, ils sont actifs et saisis dans un moment particulier de leur vie, avec pour décors des équipements collectifs d’une émouvante laideur ou les forêts qui encerclent la ville. L’articulation des photographies, par « phrases » rythmées, dévoile progressivement une autre lecture du récit : dès l’ouverture, la rue qui mène à l’usine Michelin et à ses cheminées fumant sous un ciel orangé apparaît comme le théâtre d’une tragédie provinciale, les colonnes ainsi figurées annonçant le bois enchanté dans lequel veille un chien blanc. Des passions étouffées s’agitent. Un homme tire au pistolet, une jeune femme détourne la tête, des rugbymen épuisés s’effondrent sur le terrain comme des chevaliers vaincus.

La Montagne nous montre comment l’univers de Christophe Bourguedieu s’adapte pour décrire nos contemporains, le mélange des temps, la présence des « gens », et s’engage sans hésiter dans un prosaïsme réenchanté.

« Aux États-Unis (Éden), en Finlande (Tavastia) ou bien encore en Australie (Les Passagers), Christophe Bourguedieu travaille depuis longtemps à saisir par les corps, les regards, les chemins et les architectures, le sentiment d’un monde contemporain occidental. Ce que l’artiste perçoit est le réservoir des humains. Des lieux où une communauté maintient dans un transparent secret l’héritage démocratique. Pour une fois en France, il nous livre avec La Montagne une ballade – genre réservé à la musique, mais dont je vois ici un équivalent –, une ballade photographique donc, pour se plonger dans l’espace de la collectivité. » (Extrait du texte de Michel Poivert).

Confiée à Guillaume Pavageau, le graphiste du livre James Gray, la conception de La Montagne joue sur des contrastes de matières et fait directement écho aux images en conciliant le trivial et le raffiné. Par ailleurs, le choix d’une typographie unique, à la dénomination évocatrice – Univers – contribue également à apporter à cet objet d’édition une connotation technique, particulièrement adaptée au propos de l’artiste.

La Dérivée mexicaine

Yves Trémorin, au cours d’une résidence d’artiste de plusieurs mois au Mexique, s’est donné pour objectif de rendre compte de ce qui caractérise ce pays tant d’un point de vue culturel, historique que mythologique. Avec ses moyens d’artistes, il rapporte du voyage mexicain un fascinant ensemble d’images tel un ethnologue d’un genre un peu particulier. Son habitude d’extraire par la photographie un objet ou un portrait, de constituer, en quelque sorte, une collection servant l’étude qu’il s’est fixée, prend ici tout son sens. Isolant comme à l’accoutumée ses sujets, ici sur un fond souvent noir, il joue sur la position de l’explorateur occidental partant dans un pays lointain pour en ramener au gré de ses dérives, objets et images qui deviendront comme les reliques muséales nécessaires à la compréhension d’une civilisation aux codes différents des nôtres. Le jeu est d’autant plus fort qu’au regard de ces photographies, se dresse effectivement un véritable portrait du Mexique. Celui-ci se constitue à travers la spécificité des corps de ses habitants et des représentations de figures symboliques qu’il retrouve dans ses images d’animaux ou d’objets et qu’il transpose dans le champ de l’art contemporain. Nus ou portraits à la gestuelle inhabituelle semblent se référer au seul domaine de la performance alors qu’ils reprennent un langage des signes explicitement lié à des représentations enfouies dans la mythologie collective. Une photographie époustouflante d’un chien noir peut se référer à la figure du Ahuitzotl, un dos tatoué au Quetzalcóatl — le célèbre serpent à plumes —, un crapaud photographié frontalement au fond d’une grotte à la déesse Tlaltecuhtli, un lapin stylisé sur un objet d’un kitsch assumé au jour du lapin Tochtli et à sa protectrice Mayahuel, déesse de l’agave et de la fertilité. Les images mexicaines d’Yves Trémorin évitent tout effet photographique pour se concentrer sur (et concentrer) le sujet.

Ce qui est montré n’est jamais anodin, jamais fortuit : plusieurs strates de lecture sont à découvrir derrière la simplicité apparente des images qui pourraient, au premier regard, être considérées comme un catalogue factuel de personnes, d’animaux ou d’objets plus ou moins exotiques. Outre les références à une culture aux mythologies anciennes, au rapport particulier d’un peuple avec la mort, aux jeux de langages, le travail mexicain de Trémorin n’oublie pas que ce pays a accueilli de grands artistes. Et à travers ces images, se retrouvent aussi d’autres mythologies, plus photographiques celles-ci, que sont devenus les chefs-d’œuvre réalisés par un Edward Weston ou un Manuel Alvarez Bravo.