beaux livres : photo, architecture, art

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42.84 km2 sous le ciel

La photographe Jacqueline Salmon a toujours trouvé dans les villes et leurs architectures matière à développer des réflexions photographiques. Aussi, sous le titre énigmatique de 42.84 km2 sous le ciel se cache l’ambitieux projet d’une tentative de description d’une ville. Ce projet s’est constitué sur plusieurs années dans la ville de Toulon: les 42.84 km2 en question représentant la superficie de la ville. Comment représenter une ville est la question que s’est posée Jacqueline Salmon. Ce livre y répond en réunissant autant d’essais photographiques qu’une ville illustre la diversité.
On trouvera donc dans ce “livre-miscellanée” :

– une collection de portraits d’habitants composant une frise allant d’un nouveau-né à un vieillard, traversant tous les âges de la vie, à travers différentes représentations nationales, sociales…

– des ensembles autour de représentations architecturales emblématiques : un hôpital, des musées, le port…

– des collections représentant l’esprit et l’histoire d’une ville : collections de ballon de rugby, registres de bagne, pompons de marins et autres insignes…

– des récits : des fêtes, les sous-marins nucléaires, les pêcheurs…

Sur l’invitation de la photographe, Jean-Christophe Bailly a passé plusieurs jours à déambuler dans Toulon, à faire vivre la ville à travers ses yeux d’écrivain. Il a rapporté de ce séjour un important texte sur Toulon, qui apportera un point de vue complémentaire à ce vaste projet. Des textes plus courts de Bailly ouvriront également chacune des grandes parties composées par Jacqueline Salmon.

Ne pas dépasser la ligne !

Cet ouvrage présente pour la première fois en France les travaux d’un théoricien majeur de la mobilité : Tim Cresswell. Ses thèses sont confrontées à la connaissance intime du fonctionnement d’Eurostar de Mikaël Lemarchand et éclairées par le regard humaniste de la photographe Géraldine Lay.

Les auteurs nous font découvrir comment l’Union européenne, l’espace Schengen et les politiques commerciales des opérateurs de transport fabriquent des expériences du mouvement différentes à travers l’exemple de deux des plus grands carrefours de la mobilité en Europe : l’aéroport de Schiphol à Amsterdam et l’espace Eurostar au sein de la gare du Nord à Paris.

Invitée à s’immerger dans ces deux espaces emblématiques de la mobilité, la photographe Géraldine Lay a participé, à travers son travail, à l’analyse des espaces et des mouvements des usagers les empruntant. Elle fige les passants et les usagers tels des comédiens jouant dans des scènes qui se déroulent sous nos yeux, les espaces de transit devenant de véritables décors de théâtre. Mais rien n’est mis en scène, seul le cadrage de la photographe leur donne un sens. Son regard permet d’ordonner et de hiérarchiser ce qui, pris dans le flux des mouvements quotidiens, ne nous apparaît jamais. Lorsqu’elle travaille dans l’espace public, la photographe nous confie : « Affectionner ces instants où tout semble posé, installé comme sur un plateau de cinéma où comme le dit Jean-Luc Godard, il faut « essayer de retrouver dans tous ces mouvements de foule le départ de la fiction » ».

SC

Éloigné de la forme classique du catalogue d’exposition ou de la monographie, SC joue plutôt des codes du livre d’artiste. La mise en page fait se réunir les grandes images que l’artiste a réalisées depuis la fin des années 1990 à travers les séries «Archéologie urbaine», «Melting Point» ou le tout dernier travail effectué à Alger autour des logements réalisés par Fernand Pouillon. Les images de différentes périodes sont littéralement montées entre elles (comme pour le cinéma), permettant en fonction des doubles pages des rapprochements stupéfiants entre différentes époques, mettant en évidence toute la rigueur qui anime cette œuvre depuis plus de vingt ans.

Les pages du livre, non collées mais reliées par un élastique coloré permet au lecteur de retrouver les images dans leur entièreté et de rapprocher, à sa guise, des images entre elles.

50 exemplaires de SC, numérotés et signés, accompagnés d’un tirage digital sur papier Fedrigoni Constellation Snow Country 170 g constituent l’édition de tirage de tête.

Dites-nous comment survivre à notre condition

Les fermetures d’usine et les licenciements en masse sont devenus l’actualité et représentent la crise. Les ouvriers combattent, tentant de défendre un emploi qu’ils savent le plus souvent irremplaçable, cristallisant dans leur combat la rupture entre économie réelle et économie spéculative.

Dans cette série photographique, Caroline Bach est retournée sur les sites où des conflits avaient eu lieu, parfois un an plus tard, enregistrant les traces laissées par les affrontements, comme un dernier hommage à ces combats collectifs. Ses photographies
renouvellent le genre du paysage : les lieux sont choisis pour la mémoire qu’ils continuent de porter, des traces quelquefois à peine lisibles laissées après des périodes de confrontations sociales : l’image en creux d’une action révolue qui échappe au constat journalistique.

Dominique Baqué accompagne les images d’un texte ouvertement engagé politiquement tout en replaçant le photographique dans une réflexion plus large sur la représentation du travail.

Mon neveu Jeane

Depuis 1983, le photographe et écrivain Patrick Bard photographie son neveu. Il a commencé sans trop savoir pourquoi, alors que ce dernier avait seize ans. Il s’appelait alors Jean-Pierre.

Devenu transporteur routier à Sarcelles, celui-ci s’est marié tôt, a eu deux enfants. Quand sa relation au genre a commencé à changer au milieu des années 1990, Patrick Bard a continué à prendre des photos de lui. D’elle, plutôt. Car Jean-Pierre est officiellement devenu Jeanne en 2001. Jeanne a connu des hommes et des femmes, puis elle a fini par tomber amoureuse d’une femme en 2008. Deux ans plus tard, Jeanne a décidé de redevenir sexuellement un homme et a refait le chemin inverse.

Plus que tout, son neveu Jeanne a décidé que la question du genre n’était pas fixée et que ce n’était pas pour lui un problème. Mon neveu Jeanne est un livre où le lecteur suit le récit du point de vue de l’écrivain, écrit dans une veine littéraire : de la prise de conscience de son neveu à son opiniâtreté, envers et contre un milieu social et professionnel, à changer son corps pour devenir femme. Fait peu habituel par rapport à d’autres récits autour du genre : le retour à sa condition masculine après tous les combats pour assumer une féminité. Un livre de texte accompagné de photographies de Patrick Bard, mais aussi de photographies extraites de l’album de famille de Jean-Pierre / Jeanne permet de suivre, en toute intimité, la vie du personnage.

L’âme architecte

Ce livre de photographie de Lucien Hervé, le célèbre photographe de Le Corbusier retrace, à travers un regard toujours en recherche d’un point de vue moderne, une petite histoire de l’architecture sacrée.

Au gré de ses déplacements à travers le monde, Lucien Hervé a ainsi collecté des images d’églises, abbayes ou autres édifices religieux qui constituent aujourd’hui un parcours de près de 2000 ans, des premières églises syriennes à Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp de Le Corbusier. Sa recherche de la forme épurée et des lignes évocatrices résonne tout particulièrement dans l’expression de l’architecture cistercienne.

Through the Pale Dawn

Trough the Pale Dawn est un des deux nouveaux livres du photographe portugais Carlos Lobo. Les images réunies dans ce recueil photographique ont été prises lors d’un séjour de plusieurs semaines en Corée du Nord. Comme on le sait, il est très difficile de photographier dans ce pays. Carlos Lobo a dû se résoudre au voyage en groupe, organisé, et encadré par des guides qui font découvrir aux touristes ce que le pouvoir en placeles autorise à regarder.

Aussi, loin des réprésentations habituelles où la propagande est toujours manifeste, le photographe s’attache à photographier des “petites choses” du quotidien des Nord Coréens. Des images prises à côté de la vision officielle : scènes en marge des sites visités, vues urbaines ou de nature loin des grands monuments ou impérieux immeubles, portraits de gens dans leur vie de tous les jours. Cette photographie documentaire “poétique” n’exclut pas le regard politique qui remonte, ci et là, au fil des pages du livre.

The Idea of Silence

The Idea of Silence est l’un des deux nouveaux livres du photographe portugais Carlos Lobo. Sans aucun texte, l’ouvrage fait jouer entre elles des images que le photographe a prises au Japon, en 2011, quelques mois après le drame de Fukushima.

Loin de la forme du reportage, son approche photographique oscille entre document et poétique. Des impressions du Japon, où affleurent quelquefois dans les images les traces, ténues, d’une catastrophe. Un livre plein de pudeur et de silence.

Images secondes

D’abord comédien, Éric Rondepierre se dirige ensuite — via la peinture — vers un travail photographique lié au cinéma. Son activité artistique joue sur les rapports dynamiques qu’entretiennent ses deux pratiques.

Au début des années 1990, il commence à explorer les « angles morts » du dispositif cinématographique. Son intervention consiste à choisir selon des critères bien définis, puis à photographier, des photogrammes (c’est-à-dire des images qui apparaissent sur l’écran 1/24e de seconde et qui sont invisibles lors d’une projection normale) pour ensuite les proposer sous la forme de tirages photographiques de grand format.

En spectateur, archiviste ou archéologue, Éric Rondepierre repère les images de films en relation avec des évènements « parasitaires, périphériques, accidents, micro-phénomènes qui n’ont plus le moindre rapport avec le cinéma ». Qu’il s’agisse de documenter la fiction ou de fictionnaliser le document, le travail d’Éric Rondepierre guette les aberrations du dispositif filmique, authentifie les décalages, les métamorphoses d’images orphelines, provoque des rencontres, des hybridations, élabore des hypothèses…

Images secondes reprend l’ensemble des séries que l’artiste a réalisées depuis plus de vingt-cinq ans et est accompagné d’essais inédits de Jacques Rancière et de Catherine Millet.

Rodion Romanovitch Raskolnikov

Sabine Meier est partie à New York avec l’idée de faire le portrait de Rodion Romanovitch Raskolnikov, le célèbre personnage de l’écrivain russe Dostoïevski. Avec ses seuls souvenirs de lecture du roman lu plusieurs années auparavant, elle déambule dans les rues new-yorkaises. C’est au cours de ses pérégrinations, qu’elle reconnaît dans le visage d’un passant celui qui deviendrait son Raskolnikov. Comment réussit-elle à convaincre cet inconnu à incarner l’image de ce personnage de fiction ? Une longue collaboration commença entre eux et « Portrait of a Man» était en construction.

Ce livre se structure comme une fiction, comme une vue « photographique » de l’esprit dont la visée est de dresser un portrait mental du héros de Crime et Châtiment. Si l’on doit parler d’adaptation photographique, celle-ci n’est ni la restitution fidèle de la narration romanesque ni son illustration contemporaine : le roman est un matériau où Sabine Meier a puisé, en toute liberté, le substrat de ses photographies.

L’écriture du texte de Martine Lacas se met en place à partir des photographies de Sabine Meier. Non pour revenir au point de départ ou retrouver, en iconographe sourcilleux, ce qui du roman a été traduit dans chaque image, mais pour faire lire, et saisir dans le temps de la lecture, la dynamique d’une telle procédure. Ce texte n’est donc pas un commentaire des photographies pas davantage que ces dernières n’en sont l’illustration.