beaux livres : photo, architecture, art

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La couleur vient après

La couleur vient après d’Anne-Lise Broyer revisite les différentes séries que l’artiste a developpées depuis près d’une trentaine d’années. C’est le lieu pour elle de proposer une nouvelle lecture d’images que le lecteur a pu découvrir dans les précédents et nombreux ouvrages qu’elle a publiés. Anne-Lise Broyer joue, en quelque sorte, une nouvelle interprétation de son œuvre dans une mise en séquence-montage originale qu’elle maîtrise toujours dans toutes les conceptions de ses livres. Ce recueil est l’occasion de construire un nouveau récit photographique – et de découvrir de nombreux inédits – aux accents littéraires que l’on retrouve toujours dans son œuvre, inspirée par Duras, Flaubert, Rimbaud…

D’ailleurs, comme à son habitude, elle aime inviter des écrivains à collaborer dans ses livres. Le poète Emmanuel Laugier dont la sensibilité à l’image parcourt son œuvre dès son premier livre L’oeil bande, compose une dizaine de poèmes originaux, écrits spécifiquement pour entrer en résonance avec le déroulé photographique établi par Anne-Lise Broyer. De son côté, la critique d’art Sally Bonn propose en fin d’ouvrage un texte plus analytique sur le rapport à l’écriture dans l’œuvre de l’artiste.

Ce livre est coédité avec le Jeu de Paume à l’occasion du prix Niépce – Gens d’images dont Anne-Lise Broyer a été lauréate en 2024.

Abstraction faite

Patrick Weidmann, livre dans Abstraction faite une autre facette de ses talents multiples : l’écriture.
Entre l’essai et la forme aphoristique, l’auteur explore par petites touches notre monde contemporain dans un style toujours vif et acerbe, emmenant le lecteur quelquefois jusqu’aux abords du non-sens.

En quelques raccourcis, voici ce qui constitue le monde d’écriture de Patrick Weidmann : la société du tourisme, le monde après Dieu, les grands chefs d’oeuvres des siècles passés, la photographie, les objets et les êtres de fantasmes, Elena Ceausescu, le rêve, le réel, la guerre, les cocktails, les stars, l’argent, l’astrophysique, le style, le post-dandysme… tout cela et plus, émaillé de souvenirs et de réflexions, sur ce qui fait une vie de créateur aujourd’hui.

L’essai est parcouru d’oeuvres photographiques de Patrick Weidmann, autonomes par rapport au récit et loin de l’illustration, venant juste entrouvrir d’autres dimensions.

Métamorphose

Métamorphose est un ouvrage qui a été composé à quatre mains. Une première partie développe un récit photographique que l’artiste québécois Serge Clément met en place à partir de démbulations urbaines où il capte dans ses photos de rue, des situations brouillées par le jeu de reflet ou de cadrage qu’il maîtrise comme aucun autre photographe. Le regard peine quelquefois à reconnaître les éléments de l’image et la réalité se joue de la métamorphose du titre.
L’ouvrage relié en tête-bêche se retourne pour permettre au lecteur d’entrer dans un autre récit, celui-ci textuel, composé de courts poèmes en prose écrits par l’écrivain montréalais Alexis Desgagnés dont certains textes ont été inspirés par les photographies de Serge Clément. Des dessins à l’encre de Chine d’Alexis Desgagnées apportent une autre dimension à l’ouvrage.
Chez les deux auteurs, la présence animale affleure dans leurs photographies, textes ou dessins, conversant ainsi avec Ovide pour rejouer une mythologie contemporaine.

Accorder le néant à l’infini

Raphaëlle Peria utilise la photographie comme support pour mener un travail de l’ordre du dessin. Depuis quelques années, elle développe une technique de grattage dont elle se sert pour faire apparaître de nouvelles formes et révéler les éléments de la photographie qui sont les plus évocateurs du sujet qu’elle approche. Les paysages, les éléments naturels et les écosystèmes sont au cœur de sa démarche artistique et sont des points de départ de voyage au cours desquels elle effectue ses prises de vue. En sélectionnant des fragments de l’image, ceux gardés tels quels, elle crée des changements d’échelle et joue de textures différentes, d’une matérialité photographique devenue un style qui lui est propre, textures qu’elle produit par sa technique affinée au fil du temps. Ces jeux de métamorphoses font surgir de nouveaux mondes. Ses œuvres composent ici un milieu à la fois fragile et fascinant.

Les Reines du Bois

« Pourquoi les gens nous jugent alors qu’ils ne savent rien de nous ? »
Pendant dix-huit mois, Françoise Evenou s’est plongée au cœur du bois de Boulogne, à la rencontre de femmes trans qui se prostituent pour survivre. Intriguée par ces femmes, parées comme des reines de beauté, trônant à l’avant de leurs camionnettes ou debout sur les trottoirs, Françoise Evenou a décidé de les rencontrer. Venant d’Amérique du Sud, elles ont tout quitté pour une vie meilleure, pour vivre librement au pays des Droits de l’Homme. Pourtant, cinq, dix, vingt ans plus tard, on les retrouve dans leur Nouveau Monde… le bois de Boulogne. Plus de trente de ces femmes ont accepté de prendre la parole et de se laisser photographier. Ignorées, insultées, méprisées, souvent agressées, elles ont trouvé la force de se dévoiler, de dire enfin au monde leur vérité et de témoigner de leur dignité.

À travers une série de photographies poignantes et d’entretiens sincères, Françoise Evenou a pris le parti d’aborder ce sujet si sensible en magnifiant ces femmes sans rien cacher de leur réalité, de la violence du monde dans lequel elles vivent.

Espacio disponible

Nous sommes passés d’une économie axée sur l’offre à une économie axée sur la demande. La nouvelle économie du monde ne se définit pas seulement par la souveraineté d’une logique financière, elle est indissociable du poids que représentent les consommateurs. La consommation fonctionne désormais comme un flux continu et incessant. Les panneaux publicitaires installés dans le paysage
appartiennent déjà au passé, à une ère analogique. Leur matérialité est remplacée par des dispositifs publicitaires électroniques qui s’installent désormais dans les champs virtuels de l’Internet.

Le travail du photographe espagnol Eduardo Nave a été de documenter ces squelettes d’un passé glorieux et d’en dresser un inventaire. Ces panneaux sont devenus de véritables totems déchus et décharnés qui se désintègrent, année après année, contaminant l’environnement et le paysage visuel.
Il révèle ainsi une archéologie d’une société de consommation d’un autre siècle.

« Espacio disponible, c’est l’anti-Times Square : à la saturation de l’espace urbain par les enseignes resplendissantes en néon et LED succède le no man’s land des zones arides, dépeuplées, quasi désertiques, seulement surmontées de structures décharnées en quête de repreneur improbable. La désolation après le brillant, le vide après l’excès, l’ennui après l’euphorie de l’animation publicitaire. Voici le temps de la désaffection d’un grand vecteur communicationnel né au commencement de la modernité industrielle. » Gilles Lipovetsky

Eugène Atget – La Photographie des hommes libres

Nous ne connaissons que très peu de choses sur la vie d’Eugène Atget. Yannick Le Marec a analysé la production du photographe (des milliers de clichés) réalisés entre 1890 et 1920 et également toutes ses archives léguées après sa mort à la BNF (en particulier des coupures de presse et des journaux politiques). C’est donc une approche nouvelle qui nous en dit un peu plus sur ce photographe, y compris ses forts engagements politiques proches des milieux anarchistes de l’époque. L’auteur s’est penché plus particulièrement sur son travail photographique autour de la Zone, cette ère géographique comprise entre les fortifications et la banlieue, un anneau de 300 mètres de large qui entoure Paris au-delà des fortifications de Thiers laissées à l’abandon. C’est dans cette zone que se regroupent les chiffonniers pour y vivre et trier leur butin. Le parallèle entre les travaux du Grand Paris actuel, les zones de regroupement des migrants ou des toxicomanes y est également abordé.

L’État des choses

Constituée de soixante-dix photographies noir et blanc, la série regroupée sous le titre « L’État des choses », contient à la fois des instantanés et des prises de vues faites en studio. Cet ensemble photographique a été réuni pour traduire une volonté d’entrer dans l’épaisseur du monde, dans sa matérialité, à travers les signes et les phénomènes qu’il produit. Conçu sous la forme de séquences, le livre opère par blocs d’intensités à travers lesquels ne se dessine pas tant un point de vue, qu’une variation de perspectives où seules les relations prévalent. En considérant le studio comme laboratoire et les instantanés photographiques comme un saisissement, l’expérimentation qui en résulte fait naître, au fil du livre, une certaine forme d’étrangeté chez les êtres et les choses. Ce livre est accompagné d’un court texte de Patrice Blouin.

Paysmages

Le philosophe Gilles Tiberghien est connu pour ses travaux autour du paysage et notamment pour ses recherches autour du Land Art, ses écrits et rencontres avec les plus grands artistes ayant notamment contribué à la diffusion en France de cet important mouvement artistique né aux États-Unis au XXe siècle. Mais depuis longtemps, moins connu par son public, Gilles Tiberghien s’intéresse à la photographie et écrit régulièrement sur des photographes contemporains. Paysmages réunit ainsi un ensemble de textes écrits sur près de vingt ans. La sélection des photographes que l’auteur a décidé de proposer ici met en lumière les réflexions qu’il poursuit autour de la notion de paysage : « La question sous-entendue, ici, n’est pas comment nous nous représentons les paysages, grâce à la photographie, mais plutôt comment cristallise dans ces images quelque chose que nous finissons par nommer paysage. »

Essais autour des oeuvres d’Aurore Bagarry, Thibaut Cuisset, Suzanne Doppelt, Hamish Fulton, Mario Giacomelli, Lucie Jean, Josef Koudelka, Richard Long, Alex MacLean, Manuela Marques, Bernard Plossu, Claire Renier, Bertrand Stofleth et Bill Viola.

Duographie

Duographie retrace dix années de création du duo d’artistes Pétrel I Roumagnac (duo), formé par Aurélie Pétrel et Vincent Roumagnac. À la croisée des arts visuels et du théâtre, leur travail explore le dialogue entre photographie et mise en scène à travers des installations à protocoles de réactivation et des pièces photoscéniques. Depuis 2013, ils conçoivent ensemble des créations qui évoluent en fonction de leur environnement d’exposition, interrogeant les conventions de la visibilité des oeuvres, tant dans l’espace que dans le temps. Chacune des pièces présentées par le duo ne cesse de se déplacer dans son endroit d’exposition, évoluant entre temps de latence, espace de réserve, et redistribution dans l’espace, selon des réarrangements successifs des objets photographiques et autres matériaux qui les constituent. En résultent des installations hybrides, un théâtre d’objet contemporain à temporalités troubles, mélange d’images fixes, de traces de corps, et de sculpture performative en perpétuel mouvement. L’ouvrage prend le parti de se focaliser visuellement sur de rêves, d’Astérion, et de l’Ekumen, la trilogie des pièces photoscéniques réalisées par le duo entre 2016 à 2023, chacune offrant une plongée immersive dans leur univers foisonnant et flottant. La « Pièce duophonique en neuf scènes » rejoue sous un format de pièce de théâtre, des entretiens entre les deux protagonistes, qui, en compagnie d’ami.e.s passant dans le cours de leur discussion, se déroulent tout au long de l’ouvrage jouée dans et pour le livre, et venant éclairer, au vif des paroles de l’intérieur, les dix années de ce travail unique en duo.