beaux livres : photo, architecture, art

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Indian Time

Elena Perlino a réalisé Indian Time lors de plusieurs séjours à la frontière
du Québec et du Labrador, dans les communautés innues et naskapies, entre Natashquan, Mani-Utenam, Matimékush-LacJohn, Kawawachikamach et Sheshatshiu.

À travers l’œil de la photographe, le lecteur est invité à traverser des paysages époustouflants, et à côtoyer le quotidien des habitants de ces contrées marquées par une histoire contemporaine du Québec si sensible. Elle a partagé cet autre temps.

« Indian Time est une expression très courante dans les communautés innues. On dit : “Ralentissez, vous n’avez pas besoin de vous presser, détendez-vous…”, “Le Blanc mange à l’heure de sa montre, l’Indien mange à sa faim”, précisait dans les années 1950 une aînée de La Romaine. Savoir attendre le bon moment est essentiel… » (Lucien McKenzie)

Je n’habitais pas mon visage

Le photographe Mathieu Farcy a rencontré des patient.e.s dont le visage devait être reconstruit suite à une maladie ou un accident. Il a travaillé avec ces personnes durant 5 années. Chacun.e a vécu différemment la disparition d’un visage connu, pour s’engager dans un labyrinthe d’incertitudes. Ce projet est parti du désir de création commune.

Comment rendre compte d’un traumatisme aussi grand que la perte de son propre visage ? Comment créer une forme à partir de ressentis, d’expériences de rêves ?

Philippe, Samia, Anna, Béatrice ou Xavier, personne n’avait, a priori, d’idée de création définie, mais tou.te.s ressentaient la nécessité d’élaborer, de créer à partir de leur expérience si particulière. Sculptures, installations, écrits, photographies, toutes les oeuvres, images et textes sont des cocréations, elles ont toutes été pensées à plusieurs. Les histoires des un.e.s et des autres s’entremêlent, s’entrechoquent. Des écrits manuscrits issus du carnet de travail de Mathieu Farcy, extraits d’échanges ou de réflexions, ponctuent l’ouvrage. Les pages se plient et se déplient, laissant apparaître et/ou disparaître les meurtrissures de chacun…

Tisser sa toile

Dans Tisser sa toile, Tina Merandon aborde la relation mère-fille d’un point de vue très original. Profitant d’une résidence artistique en Bretagne, elle a utilisé l’idée de la trame tissée (draps et nappes, objets textiles ayant
souvent été associés aux rituels domestiques qui reliaient les femmes entre elles) pour faire poser, derrière un voile, mères et filles ensemble.

Les ombres projetées ne sont pas sans évoquer la caverne de Platon. Il y a ainsi une dimension archaïque dans cette relation mère-fille, appuyée par ce théâtre d’ombres qui évoque également les peintures rupestres
aux limites de la représentation.

C’est pourquoi, à cette idée d’une image archaïque, l’artiste a voulu y associer des images de statuaires féminines relevées dans les calvaires du Finistère datant des XVIe et XVIIe siècles, époque opulente grâce au commerce de la toile de lin. Traitées dans le livre par une impression dorée sur un papier noir, ouvrant et fermant l’ouvrage, elles ne sont pas sans évoquer également les origines d’une représentation occidentale que sont les icônes byzantines.

Les Impatientes

Pour réaliser ce nouveau travail, Lionel Jusseret s’est immergé durant 6 mois dans le quotidien d’une maison de retraite. Il y rencontre une communauté invisible qui malgré elle, se retrouve en marge de la société. Ces hommes et ces femmes nés entre 1920 et 1945, appelés la génération silencieuse. Ayant traversé la Seconde Guerre mondiale, ils ont connu le manque et ont travaillé dur toute leur vie. Peu revendicatifs, ils sont décrits comme fatalistes et conventionnels. Cette vision généraliste et quelque peu réductrice ne rend que peu hommage à ces Mamy et Papy, dont l’univers en papier peint fleuri fait écho à lui seul à toute notre enfance, à nos mémoires affective et collective…

Lionel Jusseret comme à son habitude s’immerge dans un milieu social extrême et revient avec des images d’une grande humanité évitant tout pathos.

Le livre présente les images en pleine page, jouant entre des portraits, des situations et des éléments décoratifs trouvés sur les lieux.

Macadam Color Street Photography

Jean-Christophe Béchet poursuit depuis plusieurs décennies une œuvre photographique caractérisée par une photographie réalisée dans la rue, en passant, ou ce que l’on nomme Street photo dont la tradition photographique américaine a pérennisé le nom en genre.

Il revisite dans ce nouvel ouvrage des photographies prises tout au long de sa carrière qui interrogent particulièrement les différentes situations de ce type de photographie. Il souhaite à travers une centaine de photographies choisies et trois entretiens avec des spécialistes de l’image questionner ce qu’est cette photographie, ce qu’elle peut mettre en jeu, tentant d’en définir certains contours.

Arthur Rimbaud

« Entre 2016 et 2020, j’ai écumé les établissements scolaires et militaires des Ardennes pour portraiturer des adolescents de tous horizons : collèges plus ou moins aisés des centres-villes, lycées techniques ou agricoles en périphérie, casernes, structures de réinsertion professionnelle, peu importe, parce que faire l’inventaire des gamins de la région était, me semblait-il, la meilleure façon de matérialiser une ombre, je n’avais pas encore compris que l’ombre était l’inverse de l’image et que revenir avec quelques regards, une moue parfois, une moue d’ardennais, ça ne suffisait pas.

Les trajets du héros de Charleville sont alors devenus une obsession, plus exactement une bataille, oui quelque chose comme ça : opposer des images aux ombres, l’absurdité sur laquelle se défouler, tabasser l’horizon et lui casser les dents, questionner sa ligne de crête, s’en servir pour étrangler, se bâillonner soi-même, faire taire les autres, jusqu’au vertige, il a fallu partir pour cela, (il faut toujours partir) je suis parti. »

Yann Datessen a ainsi parcouru le monde sur les traces d’Arthur Rimbaud, retrouvant les lieux que le poète a parcouru, ceux où il vécut jusqu’à son tragique retour à Marseille. La Belgique, le col de Saint-Gothard, Londres, l’Italie, l’Éthiopie, deviennent le théâtre où l’artiste tisse paysages, portraits, situations pour retrouver plus que le fantôme du génial poète, sa vision.

Echoes of Nature

Manuela Marques a développé ces dernières années des travaux photographiques et vidéographiques autour de manifestations de phénomènes naturels. Elle a séjourné, à différentes reprises, sur plusieurs îles de l’archipel des Açores afin de travailler autour du tellurisme et du volcanisme particulièrement présents dans cette région du monde.

Elle élabore ses oeuvres photographiques et vidéos à partir d’observations et d’expérimentations visuelles, comme pour son polyptyque Topographie, qu’elle a réalisé sur le site de l’éruption volcanique de l’île de Faial (Capelinhos). Son travail est aussi construit à partir d’archives scientifiques (la série des Records par exemple ou l’installation video RAS).

Elle a poursuivi cette recherche en France, notamment lors d’une résidence au Domaine de Kerguéhennec, s’attachant à travailler à partir de prélèvements de terre (Extraction, sorte de carottages géologiques), ou de captations lumineuses (Ephémères).

Des liens se tissent entre les images, comme parcourues par ces ondes sismiques dont les vibrations souterraines se propageraient pour arriver jusqu’à une surface des choses, jusqu’à nous. Des échos de la nature…

Homen morto passou aqui

Valter Vinagre réunit dans Homen morto passou aqui (L’homme mort est passé ici) un ensemble d’une cinquantaine de paysages photographiques réalisés dans tout le Portugal et liés aux épisodes de la guerre péninsulaire (1807-1814), qui opposa les troupes luso-britanniques à l’armée française de Napoléon lors de ses trois tentatives d’invasion du territoire portugais.

Le photographe s’est transformé en historien, retrouvant dans les archives les lieux et les dates précises de l’avancée des armées napoléoniennes, informations qui lui ont servi de protocole pour poser son appareil là où était le lieu exact, à l’heure présupposée.

Au lieu de se focaliser sur les symboles et les monuments historiques
des invasions napoléoniennes, il s’attache à retracer une cartographie détaillée du territoire géographique et humain à partir des lieux qui
furent les théâtres des batailles. Y prédominent avant tout des paysages quelconques, dépourvus de monuments, sculptures, mémoriaux, pierres tombales ou inscriptions officielles. Dans la plupart des cas, on n’y aperçoit pas le moindre vestige des événements tragiques qui s’y sont déroulés. Ce sont des lieux oubliés où l’on ne “voit” rien, et surtout pas la mémoire du passé.

Le livre s’ouvre sur une couverture mystérieuse, géographie des points visités tout autant qu’impacts meurtriers, pour inviter le lecteur à la découverte d’un Portugal secret qui suit la chronologie d’un autre temps.

Distance ludique, distance critique ?

C’est sur la notion de distance que cet ouvrage se fonde, car elle est au cœur de la notion de jeu : dire qu’il y a du jeu, c’est dire qu’il y a un espace entre les deux pièces d’un rouage, qui permet son fonctionnement. Or la distance est précisément aussi la condition d’un regard critique. Partant d’un questionnement historique et conceptuel sur les relations entre jeu et travail, ce livre associe la recherche d’une psychologue et celle d’une philosophe sur les rapports de pouvoir que ces relations induisent et les usages contemporains du jeu, dans ses modalités aussi bien sportives que théâtrales, physiques que numériques.

La question du management, centrale dans le monde du travail contemporain, y est abordée aussi bien par l’expérience réflexive de la psychologue sur le terrain de l’entreprise, que par ses ancrages et ses filiations historiques, du fordisme industriel à l’autoritarisme politique. L’ouvrage se clôt par une réflexion sur la notion de jeu de pouvoir, centrale dans la pensée de Michel Foucault pour analyser les gouvernementalités contemporaines autant que pour soutenir la possibilité des contre-pouvoirs.

Le travail photographique d’Alain Bernardini en éclaire de façon ludique le questionnement.

Le temps est caché dans les plis d’une fleur

Le temps est caché dans les plis d’une fleur est le nouvel opus de l’artiste Anne-Lise Broyer. Poursuivant son expérience de la littérature par le regard, Anne-Lise Broyer, invitée à séjourner à Deauville et en Normandie dans le cadre d’une résidence-création, trace ici une ligne qui relie des livres, des auteurs entre eux (Duras, Flaubert, Proust, Sagan…) des moments de vie qui n’ont pas grand-chose en commun si ce n’est un territoire et le fait qu’ils constituent pour elle une réactivation de ses premiers émois littéraires. Dans un subtil maillage, Anne-Lise Broyer fait notamment revivre l’enfant qu’elle était, à distance du monde, mais aussi celui de L’été 80, perdu dans sa vision. Les Roches-Noires, le Grand-Hôtel de Cabourg côtoient les paysages de Madame Bovary.
Les textes de Colette Fellous et Jean-Luc Germain fabriquent un écho aux images.